La gestation a été longue. Le gouvernement a en main depuis 2007 les recommandations d'un groupe de travail sur le régime dont les fondements datent des années 20. Un avant-projet de loi a été présenté à l'automne 2009 et des consultations ont eu lieu en 2010. Deux ans plus tard, le gouvernement présente enfin un projet de loi dont l'avenir risque cependant d'être compromis si des élections étaient déclenchées avant son adoption prévue pour le printemps 2013.
Si cette délicate réforme se concrétise, le Québec permettra une nouvelle forme d'adoption, soit celle sans rupture du lien de filiation d'origine. Ainsi, l'enfant adopté saura l'identité de ses parents biologiques, mais ce sont les personnes qui l'adoptent qui seront reconnues comme ses parents et qui détiendront seules l'autorité parentale. L'obligation alimentaire ne vise aussi que ces derniers.
Il s'agit bien sûr d'une petite révolution qui soulèvera des craintes chez les personnes qui désirent adopter un enfant. Dommage d'ailleurs que les ministres n'aient pas associé mercredi les associations de parents adoptants à la présentation de leur projet.
Le type d'adoption que nous connaissons, soit celui de l'adoption plénière qui élimine toutes traces des géniteurs, continuera d'être le modèle le plus utilisé. Dans certains cas, il faut néanmoins reconnaître que la préservation du lien de filiation sert le mieux les intérêts de l'enfant. Celui-ci n'a pas à biffer et à renier le nom de celle qui l'a mise au monde et qu'il a côtoyée pendant quelques années. Il appartiendra toutefois à un juge d'approuver une entente de communication entre les parents d'origine et les parents adoptifs.
Le projet de loi est novateur et s'adapte à la réalité des familles d'aujourd'hui. Ainsi, un parent pourra partager avec un conjoint l'exercice de l'autorité parentale. Autre signe de l'évolution des mentalités et des rapports entre Blancs et autochtones, Québec reconnaîtra dans son Code civil l'adoption coutumière autochtone.
Pour plusieurs Québécois, ce projet de loi constitue un espoir. Celui de pouvoir enfin retrouver leurs parents ou leur enfant laissé à la crèche. Québec vient en effet donner priorité à la divulgation d'informations jusqu'à maintenant tenues confidentielles. Un changement que le Mouvement Retrouvailles réclamait depuis des années, mais que le gouvernement refusait parce des filles-mères avaient obtenu l'assurance que leur grossesse désapprouvée par l'Église et leur famille resterait un secret.
Québec rompt en partie ce pacte en proposant un compromis entre le besoin de l'adopté de connaître ses origines et le droit à la vie privée des parents d'origine. Les renseignements relatifs à l'un comme à l'autre seront communiqués, à moins qu'ils se soient opposés à cette divulgation par le veto prévu dans la future législation.
Une bonne campagne d'information sera nécessaire pour faire comprendre la portée de la réforme proposée. Sinon, des femmes et des hommes pourraient être anxieux de voir un pan de leur passé ressurgir et des enfants être chavirés d'avoir à subir un autre rejet. Il y a également nécessité que les services sociaux accompagnent et soutiennent les personnes qui s'engagent dans une démarche que tout le monde souhaite heureuse, mais qui parfois s'avère fort décevante, voire tragique.