Plus vert pour 0,10$

Brigitte Breton
Le Soleil

(Québec) En 2008, des députés du Parti libéral du Québec, du Parti québécois et de l'Action démocratique du Québec s'entendaient sur un point à la commission parlementaire portant sur l'environnement : la consigne sur les canettes et les bouteilles n'avait plus sa raison d'être. Quatre ans plus tard, le gouvernement libéral prend la voie opposée et double la récompense remise aux consommateurs qui retournent les contenants vides à l'épicerie ou au dépanneur. Un choix justifié.

Dans un monde idéal, toutes les canettes et les bouteilles de verre et de plastique se retrouveraient dans le «bac bleu», donc au recyclage, sans que le gouvernement soit obligé d'instaurer un incitatif et sans que les épiceries et les dépanneurs agissent comme intermédiaires.

Parce que des personnes ne sont pas encore convaincues de l'importance de la récupération, parce que le système de collecte des ordures demeure laborieux dans certains lieux d'habitation et parce que les édifices et parcs publics ne sont pas tous bien équipés pour partager rebuts et matières recyclables, cet objectif n'est pas atteint.

Il serait donc hasardeux de retirer l'incitatif financier. Par contre, en augmentant de 0,05 $ à 0,10 $ la consigne, le ministère de l'Environnement estime qu'il peut espérer un gain de retour de 13 %, et ce, sans pénaliser ceux qui font des affaires avec la collecte sélective. Québec dit viser les canettes et les bouteilles qui traînent dans les parcs ou qui ont été glissées dans le sac de poubelle vert.

Depuis quatre ans, le taux de retour grâce à la consigne stagne autour de 67 %. Québec fait le pari qu'il progressera avec la hausse de 0,05 $. Cela n'exclut pas par ailleurs l'obligation d'améliorer le système de collecte sélective et de corriger les lacunes observées. Le cas des bouteilles de vin vendues par la Société des alcools du Québec est un bel exemple. Environ 94 % des bouteilles vides vont dans le bac bleu. Le problème est qu'elles se cassent et contaminent parfois les autres matières recyclables dans les centres de tri. Un projet pilote est en cours pour remédier à la situation.

Les comportements des consommateurs évoluant lentement et leur sensibilité à l'égard de la protection de l'environnement étant inégale, il est judicieux de travailler sur les deux fronts pour éviter l'enfouissement des matières récupérables et recyclables. En 2009, La Presse faisait état d'une étude commandée par Recyc-Québec auprès de la firme CM Consulting concluant qu'une révocation du programme de consignation entraînerait une baisse de la récupération de toutes les matières et une hausse des émissions de gaz à effet de serre. Un pensez-y-bien pour une province qui aime se dire «verte».

Diverses stratégies peuvent coexister en attendant d'obtenir le comportement voulu de la part des consommateurs. Elles doivent être considérées comme complémentaires et non comme concurrentes. En procédant à des suivis et en évaluant les différentes approches comme il s'est engagé à le faire, le Ministère pourra ajuster le tir et favoriser celles qui donnent le maximum de résultats avec le minimum de coûts.

Québec doit aussi faire preuve de cohérence. Comment se fait-il que les bouteilles de bière ou de boisson gazeuse sont soumises à la consigne, alors que celles contenant de l'eau ou des jus de fruits ne le sont pas? Le ministre Pierre Arcand est ouvert à cibler plus de produits. Mais quand? Il a fallu près de trois décennies pour rehausser le montant de la consigne, les pressions étant fortes de la part des embouteilleurs, des détaillants et des épiciers pour l'éliminer. La résistance risque d'être tout aussi ferme pour les contenus qui seraient visés par une nouvelle loi. Parfois, les compromis sont impossibles et le gouvernement doit savoir trancher.

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