Le constat du Vérificateur général à propos du Fonds pour le développement du sport et de l'activité physique ainsi que les recoupements qu'effectue le Parti québécois avec des donateurs au Parti libéral ne justifient pas pour le moment la démission de Mme Courchesne, présidente du Conseil du trésor, ministre de l'Éducation et vice-première ministre.
Un doute de plus en plus sérieux plane toutefois sur sa capacité de diriger et de gérer les budgets des ministères dans l'intérêt de l'ensemble de la population, et non pas seulement dans celui du Parti libéral du Québec et de ses partisans.
Deux rapports du Vérificateur général (celui de la semaine dernière et celui de novembre sur l'allocation arbitraire de places en garderie) et la décision de l'Unité permanente anticollusion de mener une enquête sur le dossier des garderies écorchent forcément la réputation de Mme Courchesne. Elle a beau dire travailler depuis 30 ans sur son honneur, son intégrité et sur sa parole donnée, elle a fort à faire pour convaincre qu'elle a agi selon les règles de l'art et qu'elle mérite la confiance de la population. La méfiance est d'autant plus grande que le gouvernement libéral est impopulaire et qu'il a refusé très longtemps de tenir une véritable commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction.
Ces derniers jours, Mme Courchesne répète que les changements administratifs souhaités par le Vérificateur général au Fonds pour le développement du sport et de l'activité physique ont été apportés. Très bien. Mais comment se fait-il que dans ce dossier, comme dans celui des places subventionnées en garderie, une femme d'expérience comme elle ait ignoré les principes de base d'une saine gestion et attendu un rappel à l'ordre du Vérificateur?
Ce sont les meilleurs projets qui doivent profiter des fonds publics. Les contribuables doivent également en avoir pour leur argent. Leurs taxes et leurs impôts ne doivent pas servir à financer un évènement qui sera finalement annulé, des cantines et des resto-bars, ou à favoriser un fournisseur plutôt qu'un autre.
Et surtout, les projets soumis à un ministère pour financement doivent avoir droit au même traitement, à la même procédure d'analyse. Or, le Vérificateur a constaté que la moitié des projets ont été exclus par le cabinet politique de la ministre de l'Éducation avant même d'être soumis à la grille des fonctionnaires. Ces derniers n'avaient pourtant pas besoin du triage des membres du cabinet pour savoir qu'un dossier n'était pas éligible ou qu'il cadrait mieux avec un autre programme gouvernemental.
Comme dans le cas des places en garderie, le Vérificateur n'est donc pas convaincu que ce sont les meilleurs projets qui ont été retenus et subventionnés. Qui a profité de cette façon de faire? Y a-t-il un lien avec le financement du Parti libéral? Une telle conclusion est prématurée mais le doute est semé.
Croire, comme le font Mme Courchesne et le premier ministre Charest, que tout est correct et qu'ils sont irréprochables parce que la moitié des travaux a été réalisée dans des circonscriptions détenues par l'opposition témoigne d'une appréciation bien particulière, voire cynique, de ce qu'est une saine gestion des fonds publics.
Lorsqu'un gouvernement impose de nouvelles taxes et augmente des tarifs pour retrouver l'équilibre budgétaire, lorsque de surcroît une hausse comme celle des droits de scolarité provoque une crise sociale, il se doit d'être exemplaire et de ne pas distribuer 360 millions$ à l'aveuglette.