Dans l'état des choses, avec des taux de satisfaction à 80 %, le scénario semble improbable. Il faudrait un spectaculaire revirement d'opinion publique que rien n'annonce pour le moment.
La question n'est donc pas si M. Lemelin peut gagner à court terme, mais s'il peut incarner un choix crédible pour les citoyens de Québec.
La première condition de la démocratie est d'avoir un vrai choix entre des candidats aptes à gouverner dont les valeurs et priorités sont différentes. C'est ce qui a fait défaut aux dernières élections.
Le nouveau parti Québec autrement, qu'on associait jusqu'ici aux boomers et à l'ancienne administration, a eu l'audace de choisir un jeune outsider que personne n'avait vu venir.
David Lemelin, 39 ans, humoriste et journaliste. Quatre enfants. Aucun antécédent politique, sinon d'en avoir interviewé les acteurs depuis 15 ans. Et d'avoir publié un essai, Labeaume, la dictature amicale, qui l'a mis sur la carte de Québec autrement.
Il y a dans ce choix un message décisif : l'opposition au maire ne viendra pas seulement de l'élite ou de citoyens âgés qui ont la nostalgie de l'époque L'Allier. Elle pourrait venir aussi de plus jeunes.
L'âge était d'ailleurs le premier critère du comité de sélection; comme d'être francophone pour le nouvel entraîneur du Canadien de Montréal.
Un critère qui n'est pas une garantie de compétence, mais une condition préalable.
C'est un pari risqué. M. Lemelin est un bon communicateur, mais est peu connu et n'a aucune expérience de l'action politique et très peu de la gestion.
L'opposition cherche visiblement le contraste avec M. Labeaume.
Le maire est impétueux et impulsif, Lemelin, calme et posé; le maire est impoli et bagarreur de ruelles; Lemelin, tout en nuances et en respect; le maire est irrité par les excès de la démocratie locale; Lemelin place l'écoute au sommet de son échelle de valeurs.
Le reste est difficile à évaluer. Québec autrement n'a pas choisi son programme et le nouveau chef n'a pas l'intention de dicter le sien.
J'avais accepté de rencontrer David à l'époque où il préparait son essai. Nous avions échangé un long moment.
J'avais compris qu'il s'agirait d'un portrait du maire Labeaume.
Je ne savais pas qu'il en ferait d'un réquisitoire fondé pour l'essentiel sur des témoignages d'opposants.
Encore moins que cela le propulserait en politique.
Lui non plus d'ailleurs. Il avait «toujours su, dit-il, qu['il] ferait de la politique» un jour. Mais pas où ni quand. Il confie avoir été surpris par «l'offre assez grosse» de Québec autrement.
Je l'ai croisé ce printemps à la table du Salon du livre où il faisait la promotion de son essai.
Ironiquement, j'étais allé ce midi-là entendre le débat amical entre le «dictateur» Labeaume et mon collègue André-Philippe Côté.
Sa décision était prise, mais il s'était bien gardé d'en parler.
David Lemelin a beaucoup jonglé entre les métiers d'humoriste et de journaliste. Cherchez le rapport!
Il n'irait pas en politique si ses projets d'humour avaient fonctionné comme il l'espérait.
«La vie est une succession de rendez-vous, parfois réussis, parfois manqués», philosophe-t-il.
En cours de route, il est passé par la rédaction du Soleil.
Il m'est arrivé de me rapporter à lui au moment d'envoyer mes chroniques. Toujours cordial, curieux, ouvert.
J'avais cependant cette agaçante impression qu'il était là en dilettante, éparpillé entre ses occupations et intérêts.
Peut-être à cause des circonstances : il n'était pas au Soleil à temps complet.
S'il veut être pris au sérieux, il devra convaincre qu'il n'est pas en politique en dilettante, mais pour se battre, le couteau entre les dents. Il le faudra, car on connaît l'adversaire. Ce ne sera pas facile pour un bon gars.