Le dossier le plus urgent est bien sûr celui des régimes de retraite des employés municipaux, dont les déficits vont devenir un insupportable fardeau pour les contribuables.
Trop généreux et déconnectés de la réalité des rendements limités offerts par les marchés, ils doivent rapidement être revus à la baisse. Pour comprendre l'iniquité de la situation, il suffit de dire que la majorité des citoyens forcés de financer les programmes municipaux n'ont eux-mêmes pas les moyens de s'offrir un plan de retraite.
Dans son approche, le maire Labeaume a la sagesse de souligner qu'il ne remettra pas en question le passé. C'est un point majeur. Pour la suite, il est entendu que la persuasion et la logique ne suffiront pas à convaincre l'ensemble des employés d'accepter les reculs qui s'imposent.
Le gouvernement du Québec devra donc établir les nouvelles balises. Son objectif, que les retraités des villes cessent de partir trop jeunes, que leurs rentes soient plus raisonnables et que les déficits à combler deviennent une responsabilité en partie partagée.
En fait, le gouvernement planche déjà sur ce défi. Un comité de réflexion auquel la Ville de Québec est associée aux côtés de Montréal, des deux unions municipales et du ministère des Affaires municipales est depuis un moment à pied d'oeuvre. Manifestement, ça ne progresse pas assez vite au goût de l'impatient maire de Québec.
De la même manière, l'enjeu de l'élargissement des sources de financement des villes pour l'instant quasi restreintes au seul champ foncier fait lui aussi l'objet d'une vaste réflexion entreprise par l'Union des municipalités du Québec (UMQ), qui s'apprête à déposer un important livre blanc à l'automne.
On ne peut que souhaiter qu'un porteur de dossiers aussi performant que Régis Labeaume lorsqu'il s'agit de sonner le réveil et de mettre de la pression pour faire changer les choses fasse équipe avec l'UMQ, qui, elle, détient la légitimité du nombre et un précieux bagage d'enquête.
C'est d'autant plus facile que le maire de Québec et l'organisation présidée par le maire Éric Forest de Rimouski sont là aussi au diapason en ce qui a trait aux changements majeurs dans les missions municipales. Ils s'entendent donc sur la nécessité d'avoir accès à plus de rentrées d'argent pour travailler. Belle occasion de mettre les vieilles querelles de côté. C'est l'union qui fait la force.
Toutefois, sur le dossier spécifique des relations de travail et de la nécessité de modifier un rapport de forces trop nettement à l'avantage des employés municipaux, les maires et les conseillers membres de l'UMQ ne vont pas souscrire d'emblée à l'approche tout en muscles du premier citoyen de Québec.
Droit de lock-out, remise en question des planchers d'emploi, détermination par l'employeur des services essentiels, élargissement du recours au privé, etc., Régis Labeaume veut le contrôle total sur les leviers pour gérer l'effectif municipal. On passe en fait de tout l'un à tout l'autre.
Si les syndicats se voient forcés de consentir d'importantes concessions au chapitre des retraites, il serait sage de ne pas les pousser à la rue en déchirant en plus leurs conventions collectives de travail.
Un réajustement progressif devrait permettre à tout le monde de trouver son compte sans dégâts majeurs.