Intransigeance étudiante

Pierre-Paul Noreau
Le Soleil

(Québec) En raison de leur intransigeance et de leur détermination obtuse à forcer le gel des droits de scolarité, les associations étudiantes portent ce matin la responsabilité de faire perdurer une crise dont il est bien difficile de prédire l'issue. Il faut d'ailleurs se croiser les doigts pour que cette contestation qui va continuer ne devienne un exutoire majeur pour les casseurs patentés en attente de bonnes occasions ou pour des électrons libres susceptibles de perdre leurs repères dans l'agitation ambiante.

Peut-on parler de bonne foi étudiante dans cette ultime série de négociations quand il n'a jamais été question de leur part de faire un vrai bout de chemin?

De ce qui a filtré des dernières propositions sur la table, aucun scénario étudiant ne contenait la moindre hausse des droits de scolarité au cours des deux prochaines années, soit d'ici à la tenue des prochaines élections au Québec.

Les porte-parole étudiants accusent maintenant le cabinet libéral de ne pas avoir voulu perdre la face, d'avoir fait du dossier une affaire de communications. Le gouvernement tenait, dénonce-t-on, à ce que les étudiants paient davantage, même si selon ces derniers, il y avait possibilité de dégager les sommes nécessaires au financement des universités autrement.

Habiles communicateurs, les porte-parole étudiants mélangent commodément les notions pour mieux soutenir leurs prétentions. Ce n'est pas une question d'orgueil que de demander aux étudiants de contribuer davantage au financement des universités qu'ils fréquentent, c'est une question d'équité.

Dans le contexte difficile des finances publiques au Québec, le gouvernement est pleinement justifié d'agir en vertu du principe de l'utilisateur-payeur. Tout le monde est convié à mettre la main à la pâte pour sortir le Québec de son bain d'encre rouge. En vertu de quoi, les étudiants, eux, échapperaient à cet effort de redressement?

Il faut saluer l'imagination étudiante, la créativité de leurs négociateurs pour faire apparaître des sommes leur permettant de se délester de tout fardeau. Il y avait effectivement des pistes intéressantes autour d'une certaine réduction des crédits d'impôt liés aux études.

Mais il faut malheureusement dénoncer leur refus de conjuguer une partie de ces sommes dégagées avec un effort direct de leur part en droits de scolarité.

Les associations représentées à la table de négociations, faut-il le rappeler, parlent au nom d'une minorité d'étudiants. Oui, ils ont réussi à fédérer dans la rue une opposition plus large. Mais elles ont devant eux un gouvernement dûment élu, pleinement légitime en vertu de règles démocratiques claires et acceptées, qui a de plus derrière lui une majorité de Québécois qui endossent sa décision de hausser les droits de scolarité.

Le cabinet libéral a largement répondu aux critiques sur l'impact de sa décision sur l'accessibilité aux études. Il a ajouté de l'argent pour élargir l'accès aux prêts et aux bourses, échelonné la hausse sur une plus longue période, prévu des mesures pour un remboursement modulé au revenu. Il a même ouvert la porte à une réduction du fardeau direct et à la création d'un Forum sur l'éducation universitaire pour rediscuter du dossier.

Ceci dit, le premier ministre Jean Charest porte le fardeau d'avoir fort mal manoeuvré dans ce dossier, ratant des occasions de relance, laissant le dossier pourrir et les positions se durcir. Le gouvernement est aussi celui qui a quitté la table.

Y aura-t-il maintenant autre chose que des élections pour sortir de ce cul-de-sac? La réponse se trouve probablement dans ce qui se passera dans les rues au cours des prochains jours. Il faut en tout cas souhaiter que les manifestants ne perdent jamais la juste mesure de l'enjeu.

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