On croyait avoir tout vu en matière de cruauté par une dictature, mais le régime de Bachar Al-Assad donne une nouvelle dimension à l'horreur. Depuis le début des manifestations populaires, les enfants sont, comme les adultes, victimes d'enlèvement et de tortures. On leur arrache les ongles, on leur brise les os, on les électrocute.
Le massacre de Houla n'est donc pas en soi un signe d'escalade dans la brutalité du conflit, mais pour la première fois le carnage se déroule en présence d'observateurs de l'Organisation des Nations Unies. On ne peut plus se boucher les yeux ou les oreilles pour prétendre ne pas savoir. Il devient chaque semaine de plus en plus difficile de justifier l'immobilisme.
Depuis plus d'un an maintenant, l'ONU comme l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) tergiversent afin de trouver une solution qui ne fasse pas appel à une intervention militaire. L'histoire nous a pourtant appris une chose : devant un gouvernement comme celui qui est au pouvoir à Damas, c'est ça ou rien. Son comportement devant les condamnations, les sanctions, en est la démonstration éloquente.
Certains conflits peuvent se résoudre par la voie diplomatique, mais avec Slobodan Milosevic, Mouammar Kadhafi, Saddam Hussein et aujourd'hui Bachar Al-Assad, seule une action militaire peut modifier le cours des événements. L'effet des sanctions est limité, elles ne feront que prolonger et aggraver les souffrances de la population. L'hésitation de la communauté internationale est compréhensible. Le prix d'une intervention militaire est énorme, sur tous les plans, particulièrement dans un pays qui risque de sombrer dans une guerre civile encore plus horrible.
Mais l'hésitation aussi a un prix, et il se paie avec le sang des enfants.
En février, deux analystes du Washington Institute publiaient un article dans lequel ils se penchaient sur l'éventualité d'une intervention visant à «libérer» certaines régions syriennes pour en faire des zones refuges.
Cela offrirait une protection aux populations, permettrait d'acheminer des secours, servirait aussi à organiser les forces de l'opposition. Devant une telle éventualité, la Bosnie nous a au moins appris une chose, écrivent les auteurs. Il faut éviter d'envoyer des troupes qui n'ont pas le mandat de répliquer par les armes. C'est l'erreur qui a permis, en 1995, aux paramilitaires serbes de tuer 8000 habitants de Srebrenica, pourtant sous la protection de l'ONU.
L'Institut américain préconise le recours à des opérations aériennes pour assurer la création de territoires et de corridors protégés. Selon lui, cette stratégie a joué un rôle important pour mettre fin au conflit bosniaque, mais elle ne peut être envisagée qu'avec une force de frappe importante. Enfin, il évoque la possibilité que le commandement d'une telle force soit placé sous l'autorité d'un général de l'armée turque.
On n'est pas encore rendu là, évidemment. Mais tout comme on doit mesurer l'impact d'une hypothétique intervention, il faut aussi évaluer le prix de l'inaction. La seule chose dont on soit certain pour l'instant, c'est que ce régime se livre à une boucherie pour assurer sa survie. Et ça, la diplomatie n'y changera rien.