Tordage de bras canadien

Pierre Asselin
Le Soleil

(Québec) L'annonce de changements apportés au régime d'assurance emploi, par la ministre des Ressources humaines et du Développement des compétences, Diane Finley, n'est pas sans rappeler la citation bien connue du film Le parrain: «Je vais lui faire une offre qu'il ne pourra pas refuser...»

Les objectifs poursuivis par cette miniréforme sont justifiés: combler, par des Canadiens, un nombre croissant d'emplois pour lesquels on embauche de la main-d'oeuvre étrangère. Le problème, c'est la méthode retenue, qui s'apparente à du tordage de bras. Ou bien vous acceptez un poste à des conditions inférieures, ou alors on vous coupe les allocations.

Tout cela sous le prétexte de «jumeler» les Canadiens aux emplois disponibles. N'y a-t-il pas d'autre moyen que la menace et la contrainte pour atteindre cet objectif?

Mme Finley prétend avoir «consulté» les Canadiens avant d'adopter ces nouvelles mesures. Vraiment? Ces changements vont avoir un effet majeur sur les travailleurs saisonniers. Combien d'entre eux la ministre a-t-elle rencontrés? Est-ce que ce sont des sans-emploi qui ont suggéré qu'on leur coupe les prestations, pour les «aider» à faire un choix? On joue sur les mots. Consulter, c'est appeler les groupes visés par un changement à s'exprimer. Quelques discussions informelles ne sont pas une consultation. Il y a d'ailleurs une page réservée aux «Consultations» dans le site du ministère de Mme Finley. Évidemment, le sujet n'y figure pas.

Au moins, les modifications annoncées ne seront pas aussi draconiennes que ce qu'on avait d'abord craint, à la suite des propos du ministre des Finances Jim Flaherty, pour qui n'importe quel emploi vaut mieux que le chômage.

Cette réforme, qui n'en a pas le nom, cherche à corriger des distorsions qui font en sorte que certains sont encouragés à épuiser leurs prestations plutôt que de trouver un autre emploi. Mais, faut-il le rappeler, moins d'un chômeur sur trois utilise toutes les prestations auxquelles il a droit.

On crée trois nouvelles catégories de prestataires (de longue date, fréquents et occasionnels). Selon qu'on appartient à l'une ou l'autre des catégories, on disposera de quelques semaines de plus ou de moins, jusqu'à un maximum de quatre mois, pour se chercher un emploi équivalent à celui qu'on vient de perdre, et qui correspond à la formation du travailleur. Passé ce délai, vous aurez l'obligation d'accepter un emploi, en dehors de votre champ de compétences, pour un salaire équivalant à 70% ou plus de votre salaire précédent.

En d'autres mots, bien que vous ayez payé pour avoir droit à un certain nombre de semaines de prestations, on vient de réduire votre couverture.

Le programme d'assurance emploi est payé entièrement par les travailleurs et les employeurs. Cet argent ne vient pas des poches de Mme Finley. Aujourd'hui, à peine 50% des sans-emploi ont droit à des prestations. Pour donner une réelle crédibilité au régime, il faudrait peut-être le sortir du contrôle exercé par le ministère des Ressources humaines, comme on l'a fait au Québec lorsqu'on a créé la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST).

Et comme dans plusieurs autres décisions de ce gouvernement, malheureusement, on doit déplorer le manque de transparence et le manque d'écoute qui caractérisent le processus. Les premiers ministres des provinces de l'Atlantique l'ont relevé, et ils demandent un débat public sur la question du travail saisonnier. C'est la seule bonne façon de procéder. Ces questions doivent être abordées ouvertement, mais, surtout, publiquement.

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