Du point de vue des citoyens, il y aura vraisemblablement une importante différence de style dans la gestion des audiences à venir par rapport à ce qu'ont été les commissions Bastarache et Gomery.
Mme la juge Charbonneau ne donne guère l'impression qu'il y aura sous sa présidence beaucoup de place pour la bonhomie ou l'ironie mordante affichées par son confrère qui a fait les délices des auditeurs à l'époque où il confrontait des témoins liés au scandale des commandites.
Et il est évidemment exclu qu'elle répète l'erreur de John Gomery de commenter son travail dans les médias et qu'elle risque à son tour de voir son rapport entaché par des remontrances de la cour par la suite.
Il ne faut pas s'attendre non plus à l'incertitude et au malaise qui ont régné pendant un bon moment dans l'environnement de la Commission d'enquête sur le processus de nomination des juges au Québec. Le conflit ouvert entre l'ex-ministre de la Justice Marc Bellemare et son ancien chef, le premier ministre Jean Charest, agissait alors comme un prisme déformant sur le travail des procureurs qui ont malgré cela réussi à faire oeuvre utile.
Dans le cas de la nouvelle commission, son défi lui impose une approche méthodique. Il n'y a aucun espace pour les dérapages. Car, pour savoir ce qui se passe derrière les portes closes, pour débusquer les manigances illicites et la collusion, il faut inciter à la confidence. Or, à cet égard, la confiance est le maître mot. Et, pour l'instant, l'équipe de la commissaire France Charbonneau l'inspire.
Mardi, celle-ci a bien choisi ses mots, ses insistances, ses mises en garde. Oui, a-t-elle insisté, son organisation est totalement à l'abri des interventions politiques. Son mandat est la seule ligne directrice de son action.
Sa commission jouit aussi de la pleine collaboration de toutes les forces d'enquête au Québec, y compris de la GRC. Et oui, un certain nombre de Québécois ont commencé à ajouter leurs révélations aux dossiers déjà compilés par les forces policières et les services de recherche.
Pour donner sa pleine mesure, la commission Charbonneau doit absolument créer un effet boule de neige. Le système mafieux doit être mis sur le qui-vive au point où ses victimes vont croire qu'il est possible de l'ébranler suffisamment pour s'extirper de son joug.
Les cercles de collusion et de détournement de fonds publics doivent aussi être mis sous tension, non seulement par le poids de l'évidence des coûts exagérés découlant de la comparaison des contrats, mais aussi par l'apparition d'une crainte exacerbée de se faire dénoncer par quelqu'un qui sait ou qui a deviné.
Quant aux ristournes politiques, il a déjà été démontré qu'elles pouvaient être mises au jour.
Il reste que, et plusieurs l'ont noté, le chantier de construction à explorer est si vaste qu'il pourrait être facile de s'y perdre ou de s'y enfoncer. La présence de l'ancien vérificateur général du Québec, Renaud Lachance, capable de ne pas perdre le nord malgré les dédales, devient là un gage supplémentaire de contrôle, tout autant que de capacité critique.
Bref, les bases de la commission apparaissent solides, et c'est essentiel, puisqu'il faut que les Québécois y croient pour qu'elle ait une chance d'être à la hauteur des grands espoirs placés en elle.