L'heure des conséquences

Brigitte Breton
Le Soleil

(Québec) Que fait le bon père de famille pour éviter que le reste de la maisonnée pense qu'il suffit d'user de violence et de foutre la pagaille pour obtenir ce que l'on veut et contourner l'autorité parentale?

Devant la menace d'une loi spéciale, Léo Bureau-Blouin, président de la Fédération étudiante collégiale du Québec, a habilement affirmé hier qu'un bon père de famille (dans ce cas-ci le premier ministre Jean Charest) s'adresse à ses enfants et leur parle avant d'appeler la police. Dans la majorité des cas, c'est en effet la meilleure, voire la seule approche à adopter.

Les parents savent toutefois que, dans certaines circonstances, la discussion est impossible. Ni avec le père ni avec la mère. Le jeune n'entend rien. Il ne désire qu'un «oui». Il veut gagner. Reste de l'inviter à réfléchir et d'énumérer les conséquences possibles si son obstination perdure. Nous en sommes malheureusement rendus là après 14 semaines de grève étudiante. Québec suspend les sessions et prend des dispositions pour garantir l'accès aux cégeps et aux universités.

Ce n'est pas glorieux d'en arriver là. Ni pour le gouvernement qui a perdu une ministre dans la mêlée, ni pour les étudiants qui bousillent une session, un travail d'été, en plus de faire face à la justice dans certains cas. Aboutir à une loi est d'autant plus désolant que rien ne justifie une telle radicalisation et l'escalade de la violence sur les campus. Espérons que ce n'est qu'un électrochoc pour inciter les parties à trouver un terrain d'entente.

Quels étaient les enjeux de départ qui ont mené à cette dérive? Le conflit a à ce point dégénéré que certaines semblent les avoir oubliés ou amalgamés à d'autres récriminations à l'égard des libéraux. Révisons. Que visait Québec en augmentant les droits de scolarité? Rehausser le financement des universités dont le sous-financement a été reconnu par le gouvernement et par les associations étudiantes. Que craignent les étudiants avec cette hausse de 0,50$ par jour? Que les études supérieures deviennent inaccessibles et que les jeunes s'endettent.

Le gouvernement, à qui on peut adresser bien des reproches, a répondu à ces craintes. Il a étalé la hausse sur sept ans, il a bonifié le régime de prêts et bourses et prévu un remboursement des prêts proportionnel au revenu. Dans l'accord conclu le 5 mai avec les représentants étudiants, il a également convenu de réduire la facture des frais afférents (qui est en moyenne de 800$ par an) si des économies sont réalisées par une meilleure gestion des universités. Ces dernières écoperont.

Pour les associations étudiantes, c'est encore insuffisant. Jean Charest aura beau participer personnellement aux tractations, convoquer des états généraux, faire appel à un médiateur, il semble difficile de les satisfaire. Il faudrait donc selon certains accepter un moratoire pour retrouver la paix sociale. Un conflit réglé, mais combien d'autres à venir si un gouvernement démocratiquement élu accepte ainsi de repousser une mesure adoptée par l'Assemblée nationale et cautionnée, selon les sondages, par 68% de la population?

Est-ce dire qu'une minorité pourra dorénavant imposer ses volontés, faire fi des personnes élues pour gouverner, défier les injonctions prononcées par les tribunaux, tenir la population montréalaise sur un qui-vive, imposer des pertes financières à autrui, s'attaquer aux médias qu'ils accusent de délation? Voilà une paix bien fragile, voire fictive.

Sortir l'artillerie lourde comporte un risque pour le gouvernement. Sa loi spéciale peut attiser davantage la colère des étudiants. Ces derniers aussi jouent gros s'ils s'avisent de la défier. Raison de plus pour chacune des parties de faire, au cours des prochaines heures, une ultime tentative pour mettre fin à un conflit qui a trop duré.

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