Ultime tentative pour régler le conflit étudiant

Pierre-Paul Noreau
Le Soleil

(Québec) Ce matin, il n'y a pas à se réjouir de la démission d'une parlementaire du calibre de la ministre Line Beauchamp. Travailleuse acharnée, femme de conviction, ministre compétente et députée respectueuse de l'institution de l'Assemblée nationale, elle faisait honneur à la fonction. Mais son geste d'abnégation pourrait cependant permettre d'atteindre l'objectif ultime recherché par son gouvernement, soit trouver une solution qui ramène rapidement les étudiants dans les classes.

Le choix de la ministre Michelle Courchesne pour assurer la relève comme titulaire à l'Éducation est en tout cas porteur d'espoir. Elle détient les leviers susceptibles de faire bouger les étudiants dans la mesure où ils sont vraiment prêts à faire leur bout de chemin.

Elle peut négocier efficacement d'une part parce qu'elle a déjà dirigé le ministère de l'Éducation. Elle est aussi à l'aise avec les derniers développements puisque, comme titulaire au Trésor, elle a présidé la ronde marathon de négociations qui s'est conclue par la signature de l'entente de principe finalement désavouée par les étudiants.

Enfin et surtout, c'est elle qui a en mains les cordons de la bourse gouvernementale. Sans reculer sur le principe de la hausse incontournable des droits de scolarité, elle peut, à ce dernier titre, suggérer des assouplissements susceptibles d'alléger la facture étudiante, tout au moins temporairement.

Il est entendu que la marge de manoeuvre gouvernementale est limitée et qu'il n'est pas question pour le cabinet libéral de renoncer au financement adéquat des universités qui, compte tenu de l'état des finances publiques, exige une contribution supplémentaire des étudiants.

Pour sa part, Line Beauchamp a fait la sienne. Devant le constat de son impuissance, elle a posé un geste spectaculaire pour sortir du cul-de-sac. En forçant l'arrivée d'un nouvel interlocuteur au dossier, elle a envoyé un percutant message à ses vis-à-vis étudiants. Rien n'est plus important que la paix sociale, y compris une carrière de ministre.

Il faut souhaiter que l'électrochoc incite les Gabriel Nadeau-Dubois, Martine Desjardins et Léo Bureau-Blouin à un sérieux examen de conscience. Ils ont intérêt à se regarder dans le miroir à leur tour. Ils doivent d'une part accepter une règle de base de la démocratie, soit le fait qu'ils ne représentent qu'une minorité d'étudiants. Ils doivent de même comprendre que leur responsabilité est d'apporter une contribution active et positive pour parvenir à un règlement de la crise. C'est ce que tout le monde attend d'eux, à commencer par leurs confrères et consoeurs des collèges et des universités.

Or, la preuve de leur bonne foi est à faire. Leur crédibilité est amochée aux yeux du gouvernement et de bien des Québécois après qu'ils ont signé une entente, s'en sont dits satisfaits et ont vu celle-ci massivement rejetée par les étudiants. Ils sont ensuite revenus à la table en s'en lavant les mains, sans assumer la moindre responsabilité...

Aujourd'hui, ils doivent saisir la main tendue par la nouvelle ministre de l'Éducation, sinon le gouvernement semble envisager les grands moyens pour régler le conflit, une hypothèse à haut risque.

Ayant exclu le recul sur la hausse des droits de scolarité et la tenue d'élections, le premier ministre pourrait envisager l'annulation pure et simple de la session ou l'adoption d'une loi spéciale forçant une reprise des cours, un retour des professeurs dans les classes et des sanctions lourdes pour ceux qui empêcheraient ce retour à la normale.

Il ne faut pas en arriver là. Le risque de la confrontation est trop élevé. Tous les acteurs du dossier doivent travailler avec acharnement à contrer ce scénario, à commencer par les dirigeants étudiants.

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