Des malades oubliés

Brigitte Breton
Le Soleil

(Québec) Les Canadiens auraient honte de leur système de santé et exigeraient investissements et actions rapides si deux adultes sur trois et trois enfants sur quatre atteints de cancer ou de troubles cardiaques n'avaient pas accès à des soins. C'est pourtant la réalité en santé mentale. Une très coûteuse lacune qu'il faut corriger pour le bien des malades et de leurs proches, mais aussi dans l'intérêt économique du pays.

Ce n'est pas d'hier que la santé mentale est le parent pauvre des systèmes de santé à travers le pays. Les tabous entourant les troubles mentaux, leur «invisibilité» qui ne permet pas de les mesurer par un appareil ont contribué à ce que moins de 8% des budgets en santé soient consacrés à ce type de maladies. Pourtant, les besoins sont énormes et des ajustements s'imposent dans la façon de faire de la prévention et de traiter les personnes aux prises notamment avec la dépression, la bipolarité, l'anxiété ou la schizophrénie.

La santé mentale d'au moins un Canadien sur cinq flanchera au cours de sa vie. Aux souffrances personnelles et familiales s'ajoute un coût pour la société: plus de 51 milliards$ par an, dont 6 milliards$ en pertes de productivité. Autre chiffre révélateur, 30% des demandes d'invalidité à court et long terme sont attribuables à ce type de maladies.

L'Organisation mondiale de la santé a depuis longtemps sonné l'alarme. Des pays du G8, le Canada est le seul à ne pas s'être doté d'une stratégie pour améliorer la santé mentale de sa population. La Commission de la santé mentale, mise sur pied par le gouvernement conservateur en 2007, vient de combler cette lacune. Mieux vaut tard que jamais.

Il appartient maintenant à Ottawa, aux provinces, aux établissements de santé et aux organismes communautaires de s'en inspirer et d'adopter des pratiques et une organisation des soins qui amélioreront le bilan en santé mentale.

La Commission réclame notamment une hausse de 2% des budgets d'ici 10 ans. En Nouvelle-Zélande et au Royaume-Uni, la part du budget consacré aux maladies mentales est déjà de 10 et 11%, comparativement à 7% au Canada. L'organisme invite aussi les entreprises privées et les philanthropes à investir en ce domaine comme ils l'ont fait pour lutter contre le cancer ou les maladies du coeur.

La Commission précise toutefois, et avec raison, qu'il ne suffit pas de mettre plus d'argent dans le système. Il faut aussi mener davantage d'interventions précoces, puisque 70% des maladies et troubles mentaux débutent durant l'enfance et l'adolescence. Il presse aussi de se doter d'indicateurs d'un océan à l'autre pour mesurer les progrès accomplis et ajuster le tir au besoin. Un suivi est également indispensable. La Commission en promet un pour 2017.

Le Québec a déjà son propre plan et planche sur son renouvellement. Même si le ministre de la Santé, Yves Bolduc, affirme que le Québec est le leader en la matière au pays, certaines failles relevées par la Commission s'appliquent aussi ici. La désinstitutionnalisation connaît également des ratés parce que les ressources n'ont pas été redéployées correctement. La rue et les prisons sont aussi au Québec les «asiles» du XXIe siècle.

La Commission de la santé mentale voit une occasion «historique» d'améliorer le système. Bien sûr, ce ne sera pas facile. Les succès enregistrés en santé «physique» permettent toutefois d'être optimiste. En 20 ans, le taux de mortalité pour tous les cancers a diminué de 21% chez les hommes et de 9% chez les femmes grâce à la recherche, à la prévention et à des traitements appropriés. Les personnes souffrant de maladies mentales et leurs proches doivent eux aussi avoir l'assurance qu'un jour prochain, l'offre de soins correspondra à leurs besoins et éloignera leur désespoir.

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