Conflit étudiant: à jouer avec le feu...

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Brigitte Breton
Le Soleil

(Québec) Mais qui donc jette de l'huile sur le feu? La ministre de l'Éducation Line Beauchamp qui affirme bien honnêtement qu'il n'est pas garanti que la facture des étudiants sera réduite? Plutôt les porte-parole étudiants qui remettent en question l'entente conclue samedi, repoussant ainsi une sortie de crise pour sauvegarder la session et mettre fin aux tensions?

L'attitude de ces derniers est déraisonnable. Les associations étudiantes reviennent à la case départ, alors que les manifestations violentes de la fin de semaine à Victoriaville et les effets collatéraux de 13 semaines de grève commandent une trêve et un retour en classe rapide.

C'était d'ailleurs le but des pourparlers engagés vendredi entre le gouvernement et les représentants des étudiants, des recteurs, des organisations syndicales et des cégeps, et le but de l'accord conclu samedi, en dépit du fossé qui sépare toujours les parties sur les droits de scolarité. Tout le monde semblait avoir compris cela, mais voilà que les choses s'embrouillent pour les associations étudiantes, qui souhaitent réécrire l'entente. On relance la guerre de mots. On reste dans la rue plutôt que de retourner en classe.

C'est assez! Arrive un moment où les parties doivent comprendre qu'elles ont obtenu le maximum à espérer dans une négociation et qu'elles devront attendre une autre ronde, peut-être même deux, pour tenter de faire les gains supplémentaires désirés. Une réalité certes plate et frustrante que refusent de voir les porte-parole étudiants et certains de leurs membres. Saboter leur session n'y changera rien. Par ailleurs, la sauver n'est pas une capitulation.

Pourtant, ils n'auront pas à attendre et à se taire pendant trois ou quatre ans avant de relancer le débat sur les droits de scolarité. Des élections générales s'en viennent et des milliers d'étudiants et d'étudiantes pourront faire le choix d'un gouvernement qui épousera davantage leurs revendications. En attendant, les cours doivent reprendre et les affrontements comme ceux de vendredi à Victoriaville doivent être évités. Ni les étudiants ni le gouvernement ne gagnent à ce que la crise perdure et dégénère.

Répétons-le, les étudiants ont fait des gains «sonnants» au cours des dernières semaines. Le régime de prêts et bourses a été bonifié et la hausse s'étalera sur sept ans au lieu de cinq. Le mode de remboursement des prêts sera aussi modifié.

Avec l'entente de samedi, la facture totale que doivent assumer les étudiants pourra être diminuée encore si démonstration est faite devant un comité provisoire des universités que des économies récurrentes peuvent être réalisées dans six domaines : la délocalisation des campus, les dépenses de publicité, le parc immobilier, le personnel de gérance, la reddition de comptes et les transferts entre les fonds. La ministre pourrait alors réduire la note des frais institutionnels obligatoires de 125 $. La moyenne de ces frais afférents est de 800 $ par année. Les universités ont exploité ce filon au cours des ans pour compenser le gel des droits de scolarité et le manque de financement.

Il est honnête que la ministre précise que la réduction de la facture n'est pas automatique et dépendra des gains d'efficacité qui pourront se concrétiser dans les secteurs identifiés. Les étudiants seraient les premiers à la dénoncer si elle faisait miroiter des gains inatteignables.

Il faut faire preuve de réalisme. Trois des quatre associations étudiantes ont reconnu ces dernières années le sous-financement dont souffrent les universités québécoises. À les entendre depuis l'annonce de la hausse des droits de scolarité, c'est à croire que ce sous-financement est attribuable à un gaspillage constant et généralisé, à une incapacité chronique des gestionnaires et des administrateurs des universités à utiliser adéquatement, et au profit des étudiants et de la société, les fonds fournis par Québec. C'est un peu court et cela ressemble de plus en plus à de la mauvaise foi.

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