Jusqu'à maintenant, la confrontation a eu des allures de dialogue de sourds. Globalement cependant, le gouvernement a fait preuve d'un peu plus de soucis pour les préoccupations de ses vis-à-vis que l'inverse.
Les récentes propositions des associations étudiantes n'offraient rien permettant de relancer les échanges, leurs suggestions manquant de sérieux dans le contexte des finances publiques et, pire, péchant par manque de cohérence par rapport à leur cause.
Proposer la réduction des investissements en recherche universitaire ou imposer un moratoire sur le financement des universités pendant les deux prochaines années démontrait un souci très relatif pour l'avenir de l'éducation.
Les Québécois ont d'ailleurs compris que les associations contestataires n'étaient pas prêtes à jeter du lest. Le sondage CROP publié hier dans Le Soleil démontre ainsi qu'une solide majorité de citoyens appuient le gouvernement dans son intention d'exiger des étudiants un effort supplémentaire pour l'aider à financer correctement les universités. Et ce, même si un sondage Léger Marketing suggère aussi que les libéraux de Jean Charest ont bien mal géré cette crise.
Les étudiants doivent maintenant tenir compte que leur mouvement s'essouffle après trois mois d'opposition. Et c'est normal. Déjà minoritaires au sein de la clientèle des cégeps et des universités, les tenants du boycottage ne peuvent qu'avoir de plus en plus de peine à maintenir le rythme avec l'arrivée de la belle saison, le début du travail d'été et l'atteinte du point limite pour sauver la session en cours.
Les manifestations qui ont rassemblé plus de 100 000 personnes il y a quelques semaines ne rallient désormais au mieux que quelques milliers et la plupart du temps que quelques centaines de défenseurs du gel des droits de scolarité. Et dans bien des cas, ceux qui sont dans la rue ne sont pas des étudiants, mais des militants, des activistes de groupes de pression organisés auxquels se greffent malheureusement, comme hier soir, des adeptes de la casse qui entachent la cause.
Jusqu'ici, c'est le soutien financier des syndicats qui a permis aux jeunes contestataires de donner un caractère percutant à leur mouvement. Mais cet investissement syndical n'a toutefois pas atteint sa cible d'affaiblir un peu plus le gouvernement de Jean Charest. Au contraire.
Ces mêmes syndicats doivent-ils maintenant prendre le risque de laisser les universités sous-financées? Ils se tireraient dans le pied si ça devait être le résultat final.
Tout le monde doit donc convenir que le point de non-retour est atteint. Ça doit se régler en fin de semaine sinon les étudiants devront sacrifier leur session, et ce, probablement en pure perte. Le gouvernement ne reculera pas sur le dégel des droits de scolarité.
Les dirigeants syndicaux, les gestionnaires, le gouvernement et les associations étudiantes ont l'obligation de trouver une sortie pour cette crise qui a trop duré et qui peut encore avoir des conséquences regrettables.
Et comme toujours, les plus radicaux, soit ceux pour lesquels le combat est un absolu plus important que l'intérêt concret de ceux-là pour lesquels il est mené, devront être largués en fin de parcours, au profit de la vie et de la réalité.