Mobilisation étudiante: jouer avec le feu

Pierre-Paul Noreau
Le Soleil

(Québec) C'est de nouveau l'impasse entre le gouvernement et les associations étudiantes qui contestent la hausse des droits de scolarité. L'intransigeance de part et d'autre explique ce cul-de-sac. Mais en agissant comme elles le font, les deux parties prennent malheureusement, chacune de leur côté, un pari dangereux.

Pour ce qui est du gouvernement de Jean Charest, si sa décision de demander un effort financier supplémentaire aux étudiants universitaires est justifiée, sa manière de négocier, elle, est condamnable. On attise la tension plutôt que de tenter de la calmer.

Au départ, une majorité de Québécois ont appuyé la décision du cabinet libéral de dégeler les droits de scolarité, notamment en raison de l'absolue nécessité d'assainir les finances publiques tout en assurant un soutien adéquat aux universités. Or, la hausse de 1625 $ étalée sur cinq ans exigée des étudiants n'est pas un fardeau démesuré pour atteindre ces objectifs.

Bien sûr, s'il a été de bonne guerre à un moment donné de la part du gouvernement de tenter de briser la solidarité unissant les trois associations responsables du mouvement de boycottage, l'expulsion de la CLASSE de la table de négociations cette semaine, au moment où un dialogue s'était enfin amorcé, est contestable.

Oui, il y a eu un peu de grabuge mercredi soir, mais une fois que le porte-parole Gabriel Nadeau-Dubois a clairement indiqué que son organisation n'était pas impliquée, il aurait été sage de continuer à chercher ensemble une sortie de crise.

Le devoir du gouvernement libéral, compte tenu du risque sérieux de perturbations sociales si on laisse pourrir ce conflit, était de garder tout le monde à la table.

Or, même s'il s'en défend, difficile de ne pas soupçonner que Jean Charest agit par intérêt politique en faisant montre d'une fermeté extrême. Il sait bien que les électeurs ne cautionnent pas le vandalisme et n'acceptent pas non plus les désordres multiples provoqués par les contestataires.

Pour un gouvernement aussi mal-aimé, ce conflit peut donc devenir un tournant, surtout que Pauline Marois a pris fait et cause pour les étudiants sans insister sur le fait que le Parti québécois est lui aussi favorable à un dégel des droits de scolarité.

Mais il suffirait maintenant qu'un manifestant soit sérieusement blessé lors d'une échauffourée avec la police pour que le gouvernement porte l'odieux d'avoir failli à ses responsabilités. L'enjeu ne vaut pas ce risque que ça dégénère.

Pour leur part, les dirigeants des associations étudiantes doivent réaliser que dans ce bras de fer, leur légitimité est relative. Moins de la moitié des étudiants québécois participent en effet au mouvement de boycottage des cours.

Quant à l'ensemble des contribuables, soit ceux qui devraient débourser à la place des étudiants advenant un recul du gouvernement, ils sont majoritairement favorables à la hausse de la contribution de ces derniers. Eux aussi font partie de l'équation et ont leur mot à dire.

La contestation doit donc vite prendre fin. Les trois meneurs des associations étudiantes ont la responsabilité d'agir dans l'intérêt supérieur de leurs membres. Et cet intérêt, c'est d'aboutir rapidement à un compromis.

Car il est déjà entendu qu'il n'y aura aucune victoire totale. Il est de même entendu que tous les acteurs porteront le poids de la culpabilité si un drame se produit. La condamnation de toute violence est évidemment de mise, tout comme l'exploration sérieuse des pistes de solution évoquées jusqu'ici.

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