Le cabinet no-fault

Pierre Asselin
Le Soleil

(Québec) Le premier ministre Stephen Harper a instauré une nouvelle forme de gouvernance au sein d'un cabinet fédéral: le «no-fault». C'est le principe utilisé au Québec en matière d'assurance automobile et selon lequel vous ne pouvez être poursuivi, quelle que soit votre faute.

À Ottawa, le no-fault de M. Harper assure une totale impunité à tous ses ministres, quels que soient leurs gaffes ou leurs mensonges.

Le système a encore fait ses preuves cette semaine quand on a appris qu'en juin 2011, la ministre de la Coopération internationale, Bev Oda, s'était offert le Savoy, un des hôtels les plus luxueux - et les plus chers - de Londres, et une limousine à 1000$ par jour, après avoir payé 287$ pour annuler sa réservation dans l'hôtel cinq étoiles où se déroulait la conférence à laquelle elle devait assister.

Un tel manque de jugement est inacceptable au sein d'un gouvernement qui prône l'austérité. Il aura fallu que La Presse Canadienne dévoile ces coûts extravagants pour que Mme Oda fasse un mea culpa, sans aucune sincérité ni explication.

Il y a un écart inquiétant entre le discours de l'administration Harper et les actions de ses membres.

Juste avant le dépôt du dernier budget fédéral, le président du Conseil du Trésor, Tony Clement, annonçait un «changement de culture» axé sur le contrôle des coûts. «Il faut inculquer à tous les niveaux, des députés jusqu'aux employés, l'habitude de faire notre travail au moindre coût pour les contribuables», disait-il.

Mais quel message envoie-t-on quand les actions de la ministre n'ont aucune conséquence pour elle?

Le laxisme dont fait preuve cette administration, pour ne pas dire l'hypocrisie, ne peut qu'engendrer le cynisme au sein de la fonction publique, alors qu'on s'apprête à imposer de pénibles coupes.

Ce n'est que le plus récent exemple. Quand Tony Clement bafoue toutes les règles de transparence et d'imputabilité dans l'octroi de millionsde dollars en subventions lors du G8, la réaction du bureau du premier ministre est la même: on ferme les yeux.

Même chose quand le ministre de la Défense, Peter MacKay, non seulement ignore les recommandations du Vérificateur général, mais contrevient aux règles de son propre ministère dans la divulgation des prévisions de coûts pour les F-35.

Le ministre de l'Industrie, Christian Paradis, n'est pas plus inquiété, même s'il a été blâmé dans un dossier par la commissaire à l'éthique, et qu'il fait l'objet d'une enquête pour deux autres dossiers.

Le pire, c'est que la seule à avoir été sanctionnée par M. Harper, l'ex-ministre de la Condition féminine Helena Guergis, l'a été sous de fausses accusations...

Ce manque de respect envers nos institutions finira par avoir des conséquences. Si même le premier ministre ne montre aucune rigueur dans l'application des règles, pourquoi les citoyens seraient-ils plus scrupuleux? Il est plus que temps qu'il montre, avec des actions, que la discipline demandée aux Canadiens se pratique au sein de son cabinet.

Un chef politique fédéral déclarait, voilà quelques années à peine: «Quand un gouvernement décide-t-il de rendre des comptes? Après 10 ans? Après avoir prouvé à quel point il peut être négligent avec notre argent? Le temps est venu de demander mieux!»

Et il concluait: «Mon nom est Stephen Harper!»

C'était en 2003, le pays était en élections. C'est vrai, les choses ont bien changé depuis, à commencer par une majorité au Parlement. Quand même, il n'est jamais trop tard pour demander mieux.

(Pour voir le clip en question: faire une recherche avec l'expression «demand-conservative» dans YouTube)

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

publicité

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer