Elle pourrait en effet devenir une option de repli pour les électeurs d'allégeance libérale fatigués de Jean Charest après trois mandats ou critiques de sa performance récente. De même, l'équipe de François Legault pourrait rallier des souverainistes qui ont aujourd'hui moins le coeur à la cause ou qui hésitent à faire confiance à la chef Pauline Marois.
Chose certaine, il était très important que le congrès de fondation de la Coalition tenu à Victoriaville en fin de semaine soit un succès médiatique pour la direction du nouveau parti.
Même si tout n'a pas été parfait, notamment les débats trop vite expédiés pour que les participants aient toujours conscience de ce qu'ils étaient en train d'adopter, il reste que l'enthousiasme sur place était palpable et que l'image projetée était celle d'un parti contemporain organisé et sérieux.
Dans la perspective de la CAQ, ce rassemblement devait servir à stopper la glissade amorcée dans les sondages et ainsi demeurer parmi les prétendants crédibles au pouvoir plutôt que d'être ravalée parmi les tiers partis.
Avec ses quelque 600 participants, le congrès caquiste ne marquera pas l'histoire pour son succès de foule. Québec solidaire avait par exemple réuni 1000 sympathisants dans la métropole en 2006 pour le sien. Mais il faut tenir compte que la possibilité d'élections hâtives ce printemps est venue bousculer les organisateurs de la Coalition avenir Québec, qui, il faut le rappeler, n'était encore qu'un projet il y a un an.
Il reste d'ailleurs passablement de travail à accomplir à François Legault et aux siens avant de pouvoir prétendre se lancer dans des batailles de circonscription. Il suffit de savoir que la majorité des candidats n'ont pas encore été officiellement choisis pour le comprendre. Ça signifie que l'activité sur le terrain est encore très limitée ou inexistante dans bien des coins du Québec.
Pas étonnant que, tout en dénonçant l'incompétence du gouvernement libéral, François Legault n'exige pas la tenue d'élections hâtives. La Coalition a besoin de temps et de performances convaincantes dans les sondages susceptibles de rassurer quelques gros noms sur le fait qu'un saut dans l'arène ne se conclurait pas automatiquement par une cuisante défaite.
Sur le fond des propositions, il y a toujours une part de pensée magique dans le programme de la CAQ. C'est vrai entre autres dans des mesures cruciales comme celles de faire disparaître les agences régionales de santé et les commissions scolaires. Cette guillotine administrative sous-entend en effet que les unes et les autres sont à peu de choses près sans pertinence ni utilité. C'est un peu court.
En contrepartie cependant, on ne peut remettre en question la profondeur de la conviction de François Legault qu'un important coup de barre doit être donné en éducation et en santé pour que le Québec y devienne beaucoup plus performant, et ce faisant, se donne une meilleure marge de manoeuvre pour agir afin de créer davantage de richesse collective.
Cette conviction doublée d'une maîtrise améliorée de l'art du discours public par le chef François Legault suggèrent d'intéressants débats à venir pour les électeurs, entre autres sur le dossier des ressources naturelles, où la Coalition critique vivement elle aussi les libéraux qui braderaient l'avenir du Québec à vil prix.