Les dernières révélations de la journaliste Marie-Maude Denis de l'émission Enquête de Radio-Canada démontrent en tout cas que la commission Charbonneau sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction a beaucoup de pain sur la planche.
Entendre Gilles Cloutier, ancien responsable du développement des affaires chez Roche, raconter candidement qu'il a trouvé «ben, ben des centaines» de prête-noms pendant sa carrière pour pouvoir acheminer illégalement aux partis politiques de gros montants et qu'il a continuellement fait des cadeaux à des politiciens de tous les niveaux pour avantager sa firme d'ingénieurs est très choquant.
En même temps, et c'est bien le pire, on ne se surprend pas le moindrement qu'il ajoute que toutes les firmes d'ingénieurs ont recours à ces mêmes stratagèmes qui détournent la démocratie autant qu'elles détournent les fonds publics.
Nos élus trahissent leurs mandats lorsqu'ils représentent leurs propres intérêts au détriment de ceux de la population qui les a portés au pouvoir.
Comment s'étonner ensuite des rituels dépassements de coûts dans les contrats gouvernementaux qui rendent caduc le système d'appels de propositions mis en place pour protéger les contribuables? Comment de même s'étonner des exigences pointues dans ces mêmes invitations qui font en sorte qu'il n'y a qu'une ou deux entreprises pour y répondre?
La proximité entre ceux qui donnent d'importants contrats publics, les grandes firmes d'ingénieurs et les compagnies de construction est une réalité constatée par tous ceux qui s'approchent des milieux politiques.
Et si l'élu est vertueux ou naïf à en être dangereux, le personnel politique ou les hauts fonctionnaires autour de lui deviennent la cible de remplacement pour atteindre le même objectif d'arracher le contrat.
Il faut bien sûr ici repousser la généralisation outrancière. Toutes les administrations publiques ne sont pas gangrénées, ni tous les élus corrompus. Mais plus l'administration est importante, plus les contrats sont juteux et plus le danger est grand d'attirer les vautours.
À Ottawa, les conservateurs de Stephen Harper ont donné de la marge de manoeuvre à ces grands donateurs occultes en amorçant le processus de désengagement de l'État dans le financement des partis. Et, en même temps, les révélations médiatiques, comme le scandale des commandites, coupent l'envie aux individus de compenser ce manque par leurs dons personnels.
En fait, le niveau de cynisme devient si élevé qu'il éloigne même des candidats de valeur de l'idée de se mettre au service de la population. D'autres se découragent devant la difficulté d'amasser des fonds pour se faire connaître et mousser leurs idées. L'avenir politique est franchement sombre.
Dans ce contexte, la formule d'un financement largement public des partis devient tentante. De toute manière, à voir ce que coûtent aux contribuables les magouilles liées au secteur de la construction, ça pourrait même être économique de procéder de la sorte.
Mais, dans un premier temps, souhaitons que la commission Charbonneau soit à la hauteur des attentes et assainisse l'air en donnant un vigoureux et salutaire coup de balai dans le panier des pommes pourries.