La richesse des pauvres

(Québec) Les pauvres sont riches, très riches même. Sous leurs pieds se trouvent de l'or, du nickel, du fer et plusieurs autres minerais. C'est pourquoi notre ministre de la Coopération internationale, Bev Oda, s'intéresse beaucoup à eux.

On assiste à une lente perversion du rôle de l'Agence canadienne de développement international (ACDI). Sur papier, la mission de l'ACDI est de «mener l'effort international du Canada pour aider les populations qui vivent dans la pauvreté».

Mais ce ne sont pas les pauvres qui préoccupaient Mme Oda, le 5 mars, lorsqu'elle a prononcé l'allocution d'ouverture du congrès de l'Association canadienne des prospecteurs et entrepreneurs.

Elle faisait plutôt écho au nouveau credo canadien en matière de coopération: l'industrie minière est désormais la voie qui mène au développement des communautés. Le rôle de l'ACDI est de «soutenir les intérêts du Canada à l'étranger», explique la ministre, convaincue que les conditions de vie des populations s'améliorent «dans les pays riches en ressources...». Tant pis pour les autres.

Une priorité de l'ACDI désormais, c'est la formation d'une main-d'oeuvre qualifiée. Pourquoi? Pour répondre aux problèmes de recrutement du domaine minier, évidemment. Elle conclut en remerciant l'industrie minière d'être devenue «my new best friend».

Croyez-le ou non, ces compagnies qui font des milliardsde dollars dans l'extraction de ressources naturelles reçoivent aujourd'hui des subventions de l'ACDI. Plusieurs organismes non gouvernementaux canadiens donneraient cher pour faire partie des «best friends» de Mme Oda. Mais d'un bout à l'autre du pays, des groupes qui oeuvrent depuis des décennies dans les pays en développement se font couper les vivres, font des mises à pied, ne peuvent plus aider leurs partenaires à l'étranger.

Cette semaine, Développement et Paix a vu son aide amputée, passant de 40 à 14 millions$. Il est vrai que l'organisme avait critiqué la gestion environnementale de compagnies minières canadiennes à l'étranger. Les ennemis de nos amis, voyez-vous... L'Association québécoise des organismes de coopération internationale dénonce ce dangereux glissement. Aucun projet présenté par des organisations syndicales n'a reçu de financement depuis 2010 au Canada, souligne-t-on.

Notre ministre n'a, semble-t-il, aucune idée des conflits inhérents à l'activité minière dans plusieurs pays en développement, où les gisements se trouvent souvent en territoire autochtone, où des populations appauvries, sans aucun pouvoir, sont expulsées de force, leurs maisons brûlées et leur bétail abattu. Ce n'est pas une légende urbaine. En janvier 2007, c'est ainsi que 800 policiers et militaires ont détruit cinq communes du Guatemala, où vivaient 1200 personnes, pour faire de la place au projet minier Fenix de la compagnie canadienne Inco. En février, le Comité andin de coordination des groupes indigènes a pris la peine d'écrire à la ministre pour lui demander de maintenir ses distances par rapport aux minières, de manière à protéger les droits des populations vulnérables. Peine perdue.

Le problème, c'est que les intérêts de l'industrie minière et les droits des populations indigènes sont souvent à l'opposé. L'aide au développement a besoin d'une certaine indépendance pour atteindre ses buts. Elle ne doit surtout pas être détournée afin de servir les intérêts industriels. Mme Oda devrait être l'amie des pauvres. Les riches ont assez d'amis comme ça.

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