À la base, le ministre est condamné à garder le cap sur l'objectif de parvenir à l'équilibre budgétaire dès le prochain exercice, soit 2013-2014. S'attaquer au fardeau de la dette au Québec - proportionnellement la plus élevée de tous les gouvernements au Canada, et de loin, à 55% du PIB - doit demeurer, coûte que coûte, la priorité numéro un.
C'est incontournable parce que le potentiel de croissance économique pour les années à venir sera affecté par la diminution de la force de travail. À compter de l'an prochain, en effet, la population en âge de travailler, soit celle des 15-64 ans, va commencer à décroître pendant qu'à l'opposé, les retraités vont constituer une portion toujours plus importante de la démographie québécoise.
En conséquence, si le ministre a des gestes impératifs à poser à l'occasion du budget, ils doivent en priorité avoir pour effet d'inciter les contribuables à travailler plus longtemps et également à favoriser une rentrée sur le marché du travail de forces extérieures, par une immigration bien ciblée et mieux soutenue pour en faciliter l'intégration rapide.
Autre défi budgétaire, les dépenses gouvernementales doivent être bien davantage contrôlées. Les rentrées d'argent sont régulièrement plus importantes que prévu, et pourtant, peut-être à l'exception des fonds versés par Ottawa en compensation pour l'harmonisation de la taxe provinciale à la taxe fédérale, ces sommes supplémentaires sont englouties par la machine plutôt que d'être directement imputées à la dette.
À cet égard, plus de rigueur et aussi plus de transparence s'imposent comme l'a à nouveau réclamé l'Association des économistes québécois à l'issue de la dernière enquête auprès de ses membres.
Depuis toujours, malheureusement, les ministères des Finances, tant à Québec qu'à Ottawa d'ailleurs, se sont faits une spécialité de rendre quasi impossible le suivi et la comparaison de leur gestion du Trésor public d'un exercice budgétaire à l'autre.
Voilà une belle preuve que l'important pour les politiciens et leurs conseillers n'est pas tant de fournir un portrait fidèle et détaillé de la situation à leurs commettants, dont ils dépensent allègrement les deniers, que d'aligner des tableaux de chiffres qui tendent à démontrer que le gouvernement respecte à peu près ses engagements.
Pour ce qui est des citoyens, enfin, le ministre Bachand a bien raison d'évaluer qu'il ne doit pas leur en demander plus. Il a déjà minutieusement programmé ses ponctions dans les poches des Québécois à la faveur de ses deux budgets précédents.
Hausses de la TVQ, hausses de la taxe sur l'essence, hausse de la cotisation au RRQ et «contribution santé» à 200$, le fardeau fiscal s'est alourdi de plus de 1000$ annuellement pour une famille de quatre dont le revenu global est de 70 000$.
Sans doute conscient que son gouvernement risquait de vouloir aller aux urnes cette année,
M. Bachand avait planifié son travail pour ne pas avoir à annoncer de trop mauvaises nouvelles aux électeurs. À voir mardi la marge de manoeuvre qu'il estime avoir découverte du côté des tarifs.
Là où il peut cependant continuer à ne pas se gêner, c'est dans l'embauche de nouveaux inspecteurs du Revenu pour débusquer les tricheurs. L'opération est jusqu'ici plus que rentable. Dans la mesure où ceux-ci ne tombent pas bien sûr dans le harcèlement ou la chasse aux sorcières...