La conférence de presse d'hier des ministres Yves Bolduc et Dominique Vien pour annoncer quelques bonifications au processus d'évaluation dans les CHSLD (centres d'hébergement et de soins de longue durée) avait une impression de déjà-vu. De désagréable déjà-vu.
Les ministres Bolduc, Vien et Marguerite Blais ajoutent quelques ressources humaines et financières pour accroître le nombre de visites d'inspection dans les CHSLD, pour resserrer la façon dont elles doivent se dérouler et rendre plus transparent le compte rendu qui doit en découler.
Même si la majorité des établissements et leur personnel accomplissent bien leur travail auprès des aînés (seulement de 4 à 5 % des centres sont problématiques selon le Conseil pour la protection des malades), la population doit avoir l'assurance que les fautifs seront dévoilés et qu'ils devront rapidement prendre des moyens pour redresser la situation. L'annonce d'hier la rassurera bien peu.
Bien peu car sans les reportages et les rapports dressant un portrait peu flatteur des conditions de vie dans certains établissements et révélant le peu d'empressement des agences de santé et du Ministère à assurer un suivi, il y a fort à parier que les trois ministres n'auraient pas jugé urgent d'agir pour s'assurer que de meilleurs services soient offerts dans toutes les régions.
Ces deux dernières semaines ont été embarrassantes pour le gouvernement Charest qui avait promis de faire mieux que les péquistes en la matière. Gênant à l'approche d'un rendez-vous électoral. Un récent sondage Léger Marketing indique de plus que les Québécois souhaitent que les sommes investies dans les programmes de soins de santé et d'aide aux aînés soient plus importantes en 2012-2013. L'âge d'or enfin pour les personnes âgées?
Évitons de s'illusionner et évitons aussi d'attribuer tous les torts à Québec. L'amélioration continue dont parle la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, ne peut se réaliser sans l'aide et l'attention des proches des personnes hébergées. La pression politique ne peut venir que d'eux et du personnel sur le terrain. Les politiciens saisissent habituellement rapidement si un dossier est prioritaire ou non.
Le Ministère aura beau augmenter la cadence des vérifications dans les CHSLD et les inspecteurs partager la même table que les malades, rien ne surpasse l'écoute et la vigilance des amis et des familles pour s'assurer de la qualité des soins et des services. Chaque établissement possède un comité de vigilance qui relève directement du conseil d'administration. Un comité des plaintes ou un comité des résidants peut également recueillir les plaintes des patients et de leurs proches. Utilisons-les.
Il est bien sûr aisé de montrer les ministres du doigt lorsque des ratés font la manchette. Il ne faudrait cependant pas perdre de vue la part de responsabilité qui incombe aux proches de chaque personne hébergée. Comment reprocher au personnel et aux élus de négliger nos aînés si nous les «oublions» dans les CHSLD?
Les inspections auront beau être plus fréquentes, le «manger mou» plus savoureux, la chambre plus spacieuse, les toilettes plus nombreuses et les bains plus fréquents, l'indifférence, l'abandon et la solitude resteront lourds à porter pour certains aînés. Tout le monde a un rôle à jouer pour que la vie en CHSLD ne soit pas synonyme de maltraitance et d'ennui.