Pas si «déconnectée»

Pierre-Paul Noreau
Le Soleil

(Québec) Pauline Marois a lancé dimanche son comité de travail et de réflexion sur la souveraineté. Sans mettre en doute la valeur de la douzaine de personnalités recrutées pour un rafraîchissement de l'option indépendantiste, il est clair pour l'instant que son meilleur atout, c'est le gouvernement conservateur, qui dirige comme si le Québec était une province à toutes les autres pareille.

Ce n'est certainement pas la mise à jour des 148 études sur la souveraineté qui va exciter la fibre nationaliste d'une majorité de Québécois, au point de leur donner subitement envie de transformer la province en pays.

Mais l'inconscience du gouvernement fédéral vis-à-vis la réalité québécoise et l'insensibilité des autres provinces devant un désir légitime et bien ancré de protéger une culture unique et une langue sous intense pression peuvent, elles, finir par déclencher une importante réaction de rejet devant un fédéralisme perçu comme menaçant.

À coups de nominations d'unilingues anglophones à des postes stratégiques, de party pour saluer l'abolition du registre des armes à feu, d'imposition de l'approche lourdement répressive en matière de justice et de négation de la science, notamment en matière d'environnement, bien des Québécois fédéralistes risquent de finir par dire comme Justin Trudeau, qu'ils ne se reconnaissent plus du tout dans ce Canada-là.

Le récent cri du coeur de Trudeau lui a valu toute une volée de bois vert dans les médias hors Québec. Mais ce coup de gueule du fils de l'ancien premier ministre libéral est symptomatique d'un ras-le-bol plus généralisé qui va finir par laisser des traces.

À force d'affronts répétés - que ces affronts soient perçus ou réels -, la moutarde peut finir par monter au nez de bon nombre de Québécois. Le nationalisme n'est en effet jamais bien loin de la surface chez les concitoyens de Jean Charest.

D'ailleurs, le premier ministre du Québec doit lui-même veiller à ne pas trop attiser la grogne à l'égard d'Ottawa, car il y a de plus en plus le risque d'un retour de flamme.

S'il a souvent été politiquement rentable sur les banquettes ministérielles de l'Assemblée nationale de critiquer le fédéral, il y a des périodes où cela sert surtout les intérêts souverainistes. Or, il y a fort à parier que nous abordons l'une d'elles.

Les dernières élections générales ont démontré un rejet très clair au Québec des politiques conservatrices. Et depuis que Stephen Harper et son cabinet, forts de leur solide majorité en Chambre et au Sénat, gouvernent sans entraves, leur cote d'amour ne s'améliore guère en terre majoritairement francophone. Et ce, malgré la déception que constituent les néo-démocrates pour ceux qui s'étaient massivement tournés vers eux.

Il serait en conséquence surprenant que Stephen Harper dévie de sa route avant un moment. Les Québécois ont rejeté son équipe et il est majoritaire sans eux. Alors, pourquoi s'en préoccuper?

La prochaine fois, l'ajout de sièges dans l'Ouest va faciliter sa réélection. Et en prime, pour que ce soit encore plus facile, il s'est arrangé pour couper l'accès aux fonds publics aux autres partis, les rendant encore plus vulnérables.

Nul doute que le premier ministre va continuer à modeler le Canada selon les valeurs et les lubies conservatrices, ce qui d'ailleurs convient assez bien aux électeurs partout à l'extérieur du Québec, si on en croit les sondages.

Alors maintenant que Mme Marois semble avoir réglé les problèmes de discipline au sein de ses propres rangs, les feux des projecteurs péquistes vont résolument se braquer sur l'«ami» fédéral qui s'acharne à creuser le fossé entre Ottawa et Québec. À cet égard, la chef du Parti québécois n'est pas aussi «déconnectée» que le soutient le premier ministre Charest.

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