Obligation de résultats

(Québec) Pas de déclarations fracassantes ni d'engagements financiers à la suite de la rencontre du premier ministre Stephen Harper et des chefs des Premières Nations. L'admission d'erreurs passées, l'identification d'objectifs précis et la fixation d'échéanciers posent toutefois les bases de relations plus harmonieuses et d'un meilleur sort pour les populations autochtones du Canada. À la condition qu'Ottawa maintienne la même direction et la même ouverture que celles affichées mardi.

La façon dont le gouvernement avait réagi cet automne à la détresse de la communauté d'Attawapiskat annonçait des discussions tendues. Ottawa s'était empressé de mettre la réserve sous tutelle alors que la Croix-Rouge s'occupait de combler les besoins de base de femmes, d'hommes et d'enfants vivant dans des conditions misérables. Une honte dans un pays riche comme le nôtre.

Cette semaine, le ton diffère et une volonté de changement s'exprime. Un certain cynisme permettrait de dire que des considérations purement économiques motivent le premier ministre et son gouvernement.

«La croissance dynamique de l'économie canadienne exigera une croissance correspondante de la main-d'oeuvre qualifiée dans toutes les régions : urbaines, rurales ou éloignées. Les peuples autochtones constituent la population la plus jeune du Canada. Il est donc dans notre intérêt à tous que les populations autochtones aient une éducation, des qualifications et des emplois», a soutenu M. Harper. Ajouter à ce besoin de main-d'oeuvre, l'abondance des ressources naturelles sur les territoires occupés par les autochtones.

L'attitude du gouvernement justifierait la méfiance s'il n'avançait pas sur d'autres fronts. Or, il se montre prêt à bouger. Ottawa souhaite notamment moderniser la Loi sur les Indiens à laquelle tiennent encore certains groupes autochtones. Il reconnaît les ratés de la loi écrite il y a 136 ans. Des changements graduels et concrets, établis en concertation avec les dirigeants des Premières Nations et des provinces, pourraient satisfaire toutes les parties.

Le premier ministre emprunte aussi le langage du chef Shawn Atleo et parle de relation renouvelée. Arrangement financier pluriannuel, système de gouvernance performant et redditions de comptes en vue d'une autonomie financière font partie des objectifs fixés. Réforme de l'éducation, entente sur des revendications et mise en oeuvre des traités sont également au menu.

La tâche est bien sûr colossale. Les chefs ont cependant convenu de quelques échéanciers. Une assurance en politique où il est toujours plus facile de prendre des engagements sans préciser le moment où on compte les réaliser.

Reste à voir si le gouvernement saura faire preuve de constance dans ce dossier. Dans son discours aux Premières Nations, M. Harper a rappelé les gestes faits par son équipe. C'est lui qui a présenté des excuses aux autochtones qui, enfants, avaient été tirés de leur foyer et placés dans des pensionnats pour leur «bien». L'Accord d'indemnisation a aussi été conclu par les conservateurs. Ceux-ci ont également réglé 65 revendications particulières qui traînaient depuis des décennies.

Ces bons coups sont toutefois balayés par les conditions de misère régnant encore dans des réserves, par les statistiques peu reluisantes en matière de santé et d'éducation et par le recours au bras de fer lorsque la situation commande l'entraide.

Si les conservateurs déployaient dans le cas des autochtones la détermination qui les anime dans d'autres dossiers, les Premières Nations pourraient rêver de meilleurs lendemains. À suivre.

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