La fixation de quotas rebute, même d'ardentes féministes. Les quotas peuvent en effet laisser supposer que la femme nommée à un poste l'a été parce qu'elle est une femme et non parce qu'elle possède les compétences, l'expérience et les qualités requises pour réaliser le travail.
Il est néanmoins possible de forcer la main des organisations récalcitrantes sans recourir à de rigides quotas et sans affecter la bonne gouvernance. Dommage que la ministre St-Pierre, dans ce dossier comme dans celui de la protection de la langue française, adopte une position attentiste et compte sur une volonté de changement qui tarde toujours à se manifester.
Son attitude est d'autant plus navrante qu'elle freine un mouvement lancé par son gouvernement. Le chef libéral Jean Charest a instauré une parité hommes-femmes au sein du Conseil des ministres. C'est aussi le gouvernement libéral qui a adopté en 2006 une loi imposant la parité aux conseils d'administration des grandes sociétés d'État.
Cinq ans plus tard, l'objectif est presque atteint. Seulement neuf des conseils d'administration des 22 sociétés d'État ne comptent pas un nombre égal d'hommes et de femmes. La grande majorité dépasse cependant les 40 % de membres de sexe féminin.
Il y a cinq ans, le pourcentage de femmes au conseil d'administration des sociétés d'État était de 27,5 %. Il faut être naïf pour croire que l'avancée aurait été la même en l'absence d'une loi fixant des objectifs précis. Les dirigeants auraient continué d'avoir les mêmes réflexes même si les femmes ont aujourd'hui la formation et l'expérience de travail pour apparaître sur la liste des recrues.
Dans le secteur privé, le pourcentage de femmes plafonne à 14 % depuis cinq ans. La ministre a-t-elle vraiment besoin qu'un comité lui dise quoi faire pour accélérer la transformation, et cela, sans devoir attendre un demi-siècle? Souhaiter et espérer que les entreprises comprendront par elles-mêmes que la contribution des femmes est positive ne suffit pas.
Il n'y a qu'à regarder le dossier de l'équité salariale. Sans une loi adoptée à l'unanimité en 1996, des emplois occupés principalement par des femmes seraient encore aujourd'hui moins bien rémunérés que ceux occupés majoritairement par des hommes. Et ce, même si la formation, les tâches et les responsabilités sont équivalentes. Il a fallu forcer les employeurs à évaluer les emplois à prédominance féminine pour que le travail des femmes soit reconnu à leur juste valeur et mieux payé.
Malgré tout, en 2010, la moitié des entreprises privées n'avaient toujours pas complété l'exercice d'évaluation. Une chance que le principe de salaire égal pour un travail équivalent est inscrit dans la Charte des droits depuis plus de 30 ans et que l'Organisation internationale du travail a commencé à l'évoquer en 1951...
Si le principe d'équité et de parité est cher et si on souhaite comme société qu'il s'applique dans la composition des conseils d'administration du secteur privé, le gouvernement doit fixer des cibles, comme l'ont fait notamment la France et la Norvège.
Au Québec, l'Institut sur la gouvernance des entreprises privées et publiques préconise de nommer une femme pour pourvoir une vacance sur deux à un conseil d'administration pour s'assurer que la représentativité féminine atteigne 40 % dans 10 ans. Une proposition qui devrait dès maintenant inspirer un texte de loi.