La peur du libre

(Québec) De quoi le gouvernement provincial peut-il bien avoir peur lorsque vient le temps d'ouvrir son marché de l'informatique à la libre concurrence? L'adoption de la politique-cadre et d'une loi sur la gouvernance et la gestion des ressources informationnelles des organismes publics, mise de l'avant par la présidente du Conseil du trésor, Michelle Courchesne, devait favoriser l'ouverture de l'administration publique au logiciel libre. Mais dans les faits, les seuls gestes posés jusqu'ici par les gestionnaires de l'État ont visé à les soustraire à cette volonté.

À commencer par un décret, piloté par le Centre des services partagés du Québec (CSPQ), visant à permettre des achats de gré à gré de produits Microsoft, selon des conditions qui contredisent, mot à mot, la politique-cadre.

En témoigne aussi le projet de système de Gestion des activités des députés (GAD), que pilote le secrétariat de l'Assemblée nationale.

La députée du Parti québécois Marie Malavoy pensait avoir convaincu ses pairs de réaliser ce projet au moyen de logiciels libres, ce qui aurait constitué une vitrine exceptionnelle sur ces outils. Plusieurs députés étaient d'ailleurs intéressés à en faire l'expérience, mais là encore, on a choisi pour eux une solution Microsoft (suite bureautique MS Office Pro sous Windows 7) avant même de procéder à l'appel d'offres.

La même chose se produit dans le réseau de l'éducation où la Société GRICS, qui relève pourtant des commissions scolaires, a elle également arrêté son choix sur une plateforme Microsoft pour le développement de sa suite administrative. Les commissions scolaires qui voudraient avoir recours au logiciel libre devront donc aller voir ailleurs.

Le logiciel libre permet, entre autres choses, à tout utilisateur d'avoir accès au code pour en étudier le fonctionnement, et de le modifier selon ses besoins propres. Libre à tous aussi d'en redistribuer des copies, de le modifier à nouveau, etc.

Et l'écosystème du libre est beaucoup plus vaste que le système d'exploitation GNU/Linux. Par exemple, depuis les débuts d'Internet, plus de la moitié des serveurs de la planète fonctionnent sous un système Apache, soutenu par une vaste communauté qui opère entièrement en mode collaboratif où toute décision se prend par consensus.

La réticence manifestée depuis toujours par l'administration publique québécoise, malgré la bonne volonté évidente de Mme Courchesne, tranche avec ce qui se fait dans d'autres pays.

À Washington, la Maison- Blanche a elle-même apporté sa contribution, à deux reprises, au code du logiciel Drupal, un système de gestion de contenu (CMS) libre et open-source.

Autre contribution importante, la Veteran Health Administration (VHA) a développé depuis près de 10 ans un système d'informatisation médicale, VistA, utilisé par 1400 institutions et sept millions de patients, qui a décroché en 2006 le prix Harvard de l'innovation. Le logiciel est disponible gratuitement, sur décision du gouvernement américain.

La Commission européenne elle aussi investit dans le développement de plateformes de collaboration (voir : joinup.ec.europa.eu) pour permettre à ses pays-membres de travailler à des solutions «open source», ensuite partagées par l'ensemble de la communauté et d'avoir accès à un large répertoire.

Le logiciel libre ne sera jamais une solution-miracle, son adoption doit se faire par étapes, mais à côté des réalisations qu'on voit dans plusieurs autres administrations publiques, l'allergie québécoise a quelque chose de caricatural.

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