Sans y être étranger, le premier ministre Jean Charest ne peut cependant pas s'arroger tout le mérite de cette session fructueuse. En effet, il s'est plusieurs fois fait forcer la main pour agir.
Ce fut particulièrement le cas pour la mise en place de la Commission d'enquête sur l'industrie de la construction confiée à la juge France Charbonneau. La pression est devenue intenable et le chef libéral a dû céder après des années de résistance.
Il y a également eu recul dans le dossier des gaz de schiste où le gouvernement voulait foncer. Refus également d'imposer le bâillon pour faire adopter la Loi sur les mines, la contestation du niveau des retombées jugé trop faible ayant incité les libéraux à avancer prudemment.
L'influence extérieure de l'Action démocratique et de la Coalition avenir Québec de François Legault a elle été manifeste dans l'annonce d'une coupe brutale dans le budget des commissions scolaires.
Là où le gouvernement a eu du courage toutefois, c'est en osant mettre fin au placement syndical dans l'industrie de la construction et en bloquant l'accès aux contrats gouvernementaux aux entreprises de construction coupables de fraude.
Ayant jusqu'ici piloté ces dossiers avec aplomb et fermeté, la ministre du Travail, Lise Thériault, s'impose d'ailleurs comme la vedette parlementaire de l'automne.
Son pari est cependant loin d'être gagné. La FTQ-Construction et le Conseil des métiers qui contrôlent actuellement le travail sur les chantiers vont tout faire pour provoquer le chaos et démontrer que la Commission de la construction du Québec n'est pas capable d'assumer la relève sans leur collaboration.
Parmi les initiatives législatives bienvenues, la loi sur la certification des résidences privées pour personnes âgées, l'élargissement de la tâche des pharmaciens, l'inspection obligatoire des vieux véhicules et la revente de billets de spectacle.
Économiquement par ailleurs, les Québécois continuent à ne pas avoir à se plaindre de l'action du gouvernement Charest. Déficit moins élevé que prévu, cap maintenu pour son élimination en 2013-2014, croissance malgré l'effondrement du marché d'exportation américain, le tableau est assez rassurant. L'édifice est néanmoins en équilibre fragile en raison des secousses qui pourraient provenir d'Europe.
La multiplication des gros projets de développement en région explique largement la vigueur de l'économie québécoise. À cet égard, le Plan Nord, projet fétiche de Jean Charest, constitue une initiative porteuse, même si imparfaite.
Si le ton s'est par ailleurs amélioré dans les échanges entre parlementaires du Québec, les relations se sont sérieusement corsées avec Ottawa, entre autres sur le resserrement des peines de prison et le Registre des armes à feu.
Les libéraux ont continué d'être très faibles dans deux dossiers importants, soit la défense du français et la gestion des garderies. Mais contrairement aux péquistes, ils ont maintenu un front uni.
Pauline Marois, elle, a connu un automne difficile, mais les propositions péquistes pour un renouvellement démocratique devraient l'aider, même si rien n'est acquis.
Gérard Deltell et les siens vont enfin revenir en février sous les couleurs des coalisés tout comme plusieurs indépendants. Et la dynamique ne sera plus la même d'ici les prochaines élections.