Kaboul-en-Montréal

(Québec) Rona Amir Mohammad, retrouvée morte dans les eaux du canal Rideau, le 30 juin 2009, avait fait part à sa soeur Diba Abdaili Masoomi de l'enfer qu'elle vivait avec son mari Mohammad Shafia. À Rona qui, quelques mois avant sa mort, lui disait craindre pour sa sécurité et pour celle des filles Shafia, Diba répondait de ne pas s'en faire, que le Canada n'était pas l'Afghanistan.

Diba s'est méprise.

Le Canada n'est pas l'Afghanistan, mais l'Afghanistan était bel et bien présent au domicile canadien des Shafia. L'Afghanistan et son système patriarcal extrêmement dur envers les femmes.

Le Canada n'est pas l'Afghanistan, mais le père Shafia s'y est installé avec le bagage de son pays d'origine, du pays où il a grandi et où il a célébré ses deux mariages. Mohammad Shafia vivait dans son logement montréalais comme dans sa maison kaboulaise, régnant, tout-puissant, sur ses femmes et sur ses filles, déléguant son pouvoir à son fils aîné Hamed quand il s'absentait, soumettant ses deux femmes et ses sept enfants à leur devoir de préserver l'honneur familial.

Non, le Canada n'est pas l'Afghanistan, parce qu'ici, un meurtre reste un meurtre, qu'il ait ou non été commis au nom de l'honneur. Ici, les femmes et les enfants ont des droits, qu'on s'efforce de protéger.

Même si on échoue parfois lamentablement.

Dans le cas des Shafia, il apparaît clair que les autorités n'ont pas su protéger Zainab, 19 ans, Sahar, 17 ans, et Geeti, 13 ans, malgré les signaux qui leur avaient été envoyés.

Deux mois avant de mourir, Zainab s'était enfuie dans un refuge pour femmes. Ce jour-là, quatre des enfants Shafia avaient parlé aux policiers, disant craindre pour leur vie et pour celle de Zainab. Des enseignantes de l'école que fréquentait Sahar avaient recueilli les confidences de l'adolescente traumatisée par son père et par son frère Hamed. Vu les ecchymoses, les éraflures et d'autres marques sur les bras de la jeune fille.

La DPJ avait été alertée. Mais devant le changement de version des enfants, devant les parents qui niaient, elle avait fermé le dossier, faute de preuves justifiant un placement.

Les autorités auraient-elles dû ou pu faire plus pour protéger les enfants Shafia? Jusqu'où pouvaient-elles aller? Ont-elles manqué de clairvoyance? Été aveuglées par le relativisme culturel?

Mais encore, jusqu'à quel point pouvaient-elles agir à la place de la fille aînée - et majeure - des Shafia? Et qu'auraient-elles pu faire pour Rona, qui n'a jamais osé porter plainte à la police pour la violence et les menaces qu'elle subissait?

L'histoire des Shafia soulève un tas d'interrogations auxquelles il n'y a pas de réponses simples. Une histoire multidimensionnelle qui nous renvoie en pleine figure les questions de la tolérance à l'égard des intégrismes culturels et religieux, de la cohabitation de valeurs qui s'entrechoquent et de l'intégration des immigrants dans leur société d'accueil.

Mais, surtout, le drame des Shafia met en lumière un problème tout à fait universel, celui de la violence faite aux femmes.

Le Canada n'est pas l'Afghanistan, mais la violence familiale n'a pas de frontières. Le défi, pour le Québec, pour le Canada, c'est de convaincre les femmes de tous âges et de toutes les cultures que la violence dont elles sont victimes n'est pas inévitable. Et de s'assurer d'avoir les ressources qu'il faut pour les rescaper.

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