Certes, on trouve dans les rayons des épiceries de plus en plus de produits dont la teneur en sodium a été réduite. Mais ils sont encore trop rares. Et, souvent, ils contiennent encore trop de sel.
Comme d'autres l'ont fait avant elle, la Fondation des maladies du coeur du Canada a sonné l'alarme cette semaine, réclamant qu'Ottawa mette en place les recommandations du rapport du Groupe de travail sur le sodium (GTS), déposé en juillet 2010.
Le groupe d'experts, à qui on avait confié en 2007 le mandat d'implanter et de superviser une stratégie nationale de réduction de la consommation de sel, recommandait une diminution annuelle de 5 % jusqu'en 2016, pour atteindre une consommation moyenne de 2300 mg. Le GTS misait sur une approche volontaire de l'industrie, bien qu'il ne fermait pas la porte à une réglementation pour forcer la main de l'industrie si elle tardait à agir.
Mais voilà. Non seulement l'industrie se traîne-t-elle les pieds, mais le GTS a été dissous par le gouvernement de Stephen Harper en début d'année. C'est le Comité consultatif sur la règlementation des aliments de Santé Canada, plus près de l'industrie, qui est désormais chargé de veiller à l'application des recommandations du GTS, et ce, bien que des inquiétudes aient été soulevées quant aux potentiels conflits d'intérêts qui pourraient découler des travaux de ce comité.
On y revient toujours : la volonté politique est-elle au rendez-vous?
Il ne s'agit pas ici de nier le défi auquel l'industrie est confrontée. Le sel est un additif efficace et peu coûteux, qui sert non seulement à relever le goût des aliments, mais aussi d'agent de conservation et antimicrobien. Pour les charcuteries et les fromages, notamment, les fabricants devront, pour réduire leur recours au sel, développer des substituts au sodium efficaces et sécuritaires qui n'altéreront pas le goût des aliments.
Mais que le défi de la réduction de sel soit plus complexe pour certains aliments que pour d'autres ne dispense pas l'industrie de son devoir de tout mettre en oeuvre pour assainir ses recettes, comme elle l'a fait pour les gras trans.
Le pire, c'est que les multinationales salent davantage leurs produits destinés au marché canadien que ceux vendus dans d'autres pays sous le fallacieux prétexte que les Canadiens ont la dent salée. Elles oublient que l'humain a cette formidable faculté de s'adapter à ce qu'on lui sert. Les fabricants de soupes en boîtes, par exemple, peuvent sans soucis réduire du tiers, voire de moitié, le sel contenu dans leurs recettes : au mieux, les Canadiens ne s'apercevront de rien; au pire, ils s'y habitueront.
Bien sûr, c'est le consommateur qui décide au bout du compte de mettre ou de ne pas mettre un produit dans son panier d'épicerie. Le problème, c'est que tous ne sont pas égaux devant la cuisinière. Faute de connaissances, de moyens ou de temps, plusieurs se tournent vers les aliments préparés. D'où l'importance de faire en sorte que ces produits soient moins nocifs pour la santé.
Santé Canada doit cesser de se mettre la tête dans le sable. L'excès de sel tue, au moins autant que les gras trans. Le gouvernement n'a plus le loisir d'attendre que l'industrie s'autodiscipline. Il lui faut mettre en place de véritables mesures incitatives, assorties d'une bonne vieille menace de réglementation pour les récalcitrantes.