Mais maintenant qu'il est un joueur de plein droit sur l'échiquier politique québécois, le chef de la CAQ s'érige comme la cible pour un tir groupé de critiques de la part de tous ceux qu'il menace en raison de sa force d'attraction dans les sondages.
La partie va se corser. Les prochains défis qui se posent à la Coalition restent néanmoins élémentaires, même s'ils vont exiger beaucoup d'énergie.
D'abord, François Legault doit vite compléter l'intégration de l'Action démocratique. Il a besoin dès la rentrée en février de voix à l'Assemblée nationale pour porter son message et assurer sa présence au quotidien dans les médias.
La Coalition devra aussi s'implanter dans les régions en recrutant des organisateurs capables de structurer le financement du parti et de rallier des militants.
Enfin, il devra démontrer à travers un certain nombre de candidatures de prestige que son plan d'action pour sauver un Québec qu'il juge en déclin est suffisamment crédible pour rallier d'autres Québécois de calibre.
Pour l'instant, la force du message de François Legault, c'est qu'il est concret et facile à saisir. Ses 20 actions pour s'approprier l'avenir risquent fort de trouver preneurs, chez ceux qui s'inquiètent de la pente dangereuse sur laquelle glisse le Québec en matière de finances publiques et aussi chez ceux qui jugent que la machine étatique doit être secouée et amincie pour être plus performante.
En contrepartie, le message de la Coalition est trop limité et empreint de jovialisme politique.
En quoi, par exemple, l'élimination des agences de santé va-t-elle permettre à chaque Québécois d'avoir finalement accès à un médecin de famille? La théorie de l'argent épargné réinvesti auprès des médecins généralistes peut être séduisante, mais il est notamment loin d'être acquis que ce sera la cohue pour alourdir sa tâche. Et bonne chance en région.
Et il y a aussi les contradictions dans le message. Alléger ici (commissions scolaires par exemple) pour alourdir là (Office de la langue française, Commissaire à l'intégrité de la vie publique, etc.), le gain devient en bout de ligne douteux.
Et tous ses opposants l'ont relevé, le plan d'action signé François Legault et Charles Sirois escamote d'importantes responsabilités de l'État. Soutenir entre autres que le développement durable est une valeur de la Coalition qui va influencer l'ensemble de ses gestes est un peu court comme engagement environnemental.
Mais il faut donner du temps au temps. La Coalition avenir Québec n'est officiellement un parti politique que depuis quelques heures seulement. Ses penseurs et ses futurs militants devront étoffer les propositions pour pouvoir offrir aux Québécois un programme politique plus complet s'ils espèrent un jour décrocher le pouvoir.
Dans un premier temps, il y avait lieu de vérifier si les Québécois emboîteraient le pas à une équipe politique résolue à travailler à l'extérieur du dilemme fédéralisme-souveraineté et qui miserait toutes ses énergies à sortir le Québec de l'ornière financière, quitte à administrer à l'État un puissant électrochoc. L'intérêt populaire est là.
Malheureusement, il est déjà entendu que M. Legault n'obtiendra pas le débat d'idées au-dessus de la partisanerie, qu'il souhaite avoir avec ses rivaux. Mais il lui sera probablement encore plus difficile de rester à l'écart des groupes de pression qui, selon lui, empêchent depuis trop longtemps le gouvernement de vraiment faire progresser le Québec.