Agence de malheur

Jean-Marc Salvet
Le Soleil

(Québec) La décision de Standard & Poor's d'abaisser la cote des États-Unis de «AAA» à «AA+» est une gifle. Mais c'est surtout une humiliation.

Bien sûr, Washington peut se remettre d'un pareil camouflet public. À condition, toutefois, que des irresponsables n'amplifient pas trop le mal...!

Car ce qui est désormais à craindre, c'est la surréaction des places boursières; ce sont les réflexes irraisonnés et irréfléchis des investisseurs au cours des prochains jours. Ah, si tout le monde pouvait respirer par le nez!

Il suffit pourtant de prendre un peu de recul pour relativiser cette décote. Peu importe qu'elle soit techniquement justifiée ou pas à ce moment-ci, elle s'inscrit dans une tendance lourde : celle du déclin relatif des États-Unis et de l'Occident dans les affaires du monde.

Personne ne devrait agir comme s'il avait découvert cette trame de fond il y a 72 heures! Elle est à l'oeuvre depuis plus d'une génération déjà.

Prendre du recul, c'est aussi constater que l'administration de Barack Obama et l'agence de notation ont toutes deux tort et raison à la fois. En abaissant la note américaine, Standard & Poor's ne joue pas au grand clerc. Elle ne fait que refléter une réalité de plus en plus difficile à masquer. Elle se trouve aussi à rompre avec une fâcheuse tendance à la générosité que les agences de notation ont toujours eue à l'égard des États-Unis.

Et si Standard & Poor's n'a pas joué au grand clerc, c'est qu'elle n'en a pas les moyens. Elle n'est pas Dieu. Elle se trompe... On peut croire le Trésor américain lorsqu'il l'accuse d'avoir commis une erreur de 2000 milliards $ dans ses calculs. Ce n'est pas à l'honneur des bonzes des agences.

Mais on savait déjà que le jugement des S&P, Moody's et Fitch est loin d'être toujours lumineux. Ainsi, elles ont longtemps accordé leurs meilleures notes aux produits financiers à l'origine du krach mondial de 2008.

La crédibilité des agences de notation ne devrait pas être si grande. Leur jugement devrait être relativisé. En même temps, il témoigne de quelque chose. Voilà pourquoi, même si on doit dénoncer certaines des décisions qui en découleront, personne chez nous ne peut sérieusement remettre en question les objectifs des gouvernements Harper et Charest de parvenir à l'équilibre budgétaire (en 2014-2015 pour le premier et en 2013-2014 pour le second).

La tempête soufflant sur les finances publiques américaines ainsi que l'ouragan balayant la zone euro sont là pour nous le rappeler. Les plans d'austérité décrétés par des gouvernements européens témoignent du prix qu'il y a à payer à vivre toujours au-dessus de ses moyens.

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