L'ivresse de la Saint-Jean

(Québec) Vive la Saint-Jean-Baptiste à Québec! Deux personnes poignardées, 27 arrestations et 350 hospitalisations pour abus d'alcool, l'an dernier. Il faut rompre avec cette désolante «tradition» et retrouver dans la capitale le véritable esprit de la fête nationale.

Éduc'alcool et la Ville de Québec ne jouent pas les trouble-fêtes en voulant mettre fin à la beuverie qu'est devenue pour certains la Saint-Jean dans la capitale. Ils prennent les moyens pour éviter que le rassemblement du 23 juin dégénère comme ce fut le cas au début des années 90. Ils sont proactifs pour empêcher qu'une image négative colle à la ville de Québec, mais aussi, aux Québécois.

Une petite rétrospective des fêtes de la Saint-Jean à Québec est utile pour comprendre les craintes et la démarche de la Ville et d'Éduc'alcool. En 1991, un homme de 25 ans s'immole dans le feu de joie et un autre est poignardé à mort par un adolescent. En 1994 et en 1995, la place D'Youville est le lieu d'affrontements entre jeunes et policiers. L'année suivante, c'est l'édifice du parlement qui est pris d'assaut et saccagé par 2000 fêtards. En 1997, retour à la place D'Youville pour une autre émeute.

Des années d'accalmie ont suivi, mais voilà que, depuis 2008, les écarts de conduite se multiplient. Vaut mieux prévenir et s'y attaquer que de compter les dommages, les blessés et les morts, le 24 juin prochain.

La Ville et ses policiers préciseront sous peu les moyens qu'ils comptent prendre pour la soirée du 23 juin. Présence policière accrue et tolérance zéro pour la consommation d'alcool dans les rues et hors des lieux officiels du rassemblement seront au programme. La Ville avait souhaité en début d'année déplacer le spectacle des plaines d'Abraham à ExpoCité. D'autres ont proposé que la fête se déroule le 24 plutôt que la veille, les fêtards devant reprendre le boulot le 25.

Des façons de déplacer le problème plutôt que de le résoudre. Ce n'est pas tant un lieu ou une date qu'il faut changer, mais bien la mentalité que le 23 juin, à Québec, on se soûle la gueule et tous les débordements sont permis.

Le renforcement de la surveillance policière, combiné à des campagnes de sensibilisation auprès des jeunes dans les écoles, dans les médias conventionnels et sociaux, s'avère plus porteur de changement. Avec son slogan publicitaire «C'est notre fierté qui en prend un coup», Éduc'alcool convie les jeunes, mais aussi tous les Québécois, à une réflexion. En se paquetant et en se gelant plus que tous les autres jours de l'année, est-ce ainsi que les Québécois célèbrent leur fête nationale? Est-ce ainsi qu'ils souhaitent que les citoyens des autres provinces ou des autres pays les identifient?

L'expérience du Carnaval de Québec prouve qu'il est possible de donner une autre ambiance à une fête et de modifier les comportements des participants. La volonté de procéder à une telle transformation pour la Saint-Jean est là. Il faut du temps et la participation de fiers Québécois pour qu'il en soit ainsi.

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