Devant la quantité phénoménale de déchets produits par les Québécois, le gouvernement devait donner un sérieux coup de barre à sa politique de gestion des matières résiduelles. Selon les statistiques du ministère de l'Environnement, la quantité de déchets produits chaque année au Québec a presque doublé entre 1998 et 2008, passant de 7,4 à... 13 millions de tonnes!
Si la quantité de matières récupérées a considérablement augmenté durant cette période, près de la moitié des déchets continue d'être enfouie ou incinérée. En 2008, à peine 12 % des restes de table et autres matières putrescibles avaient été récupérés. Un des objectifs du plan présenté mardi est d'en récupérer 60 % d'ici 2015, pour atteindre 100 % en 2020. Pour y arriver, Québec compte investir quelque 650 millions $ dans des usines de biométhanisation et de compostage, investissement qui avait déjà été annoncé en 2009.
La nouvelle politique du gouvernement pose plusieurs défis, notamment en ce qui a trait à la récupération des déchets de table. Il faut changer les habitudes du citoyen, lui montrer quoi mettre dans son nouveau bac brun et le convaincre de l'utiliser. Pour ce faire, il faudrait investir des sommes suffisantes dans les activités d'information, de sensibilisation et d'éducation. Davantage que les trois petits millions de dollars sur cinq ans prévus dans la nouvelle politique du gouvernement...
Québec aura par ailleurs fort à faire pour rassurer les municipalités quant à l'accompagnement et au financement qui leur seront offerts pour leurs services de collecte sélective. Selon la Fédération québécoise des municipalités (FQM), sur les 5 milliards $ investis par les municipalités dans la gestion des matières résiduelles au cours des 10 dernières années, celles-ci auraient récupéré moins de 250 millions $.
Ce que réclament la FQM et l'Union des municipalités du Québec, et ce que le gouvernement doit leur donner s'il veut faire de sa politique un succès, c'est l'assurance que le projet de loi 88 sera amendé de façon à prévoir la pleine compensation des coûts nets de la collecte sélective. Sans mécanismes de financement adéquats, point de salut, avertissent les municipalités.
S'il est primordial que chaque ménage fasse sa part pour réduire et permettre le recyclage ou la valorisation de ses matières résiduelles, il faut aussi savoir que ce sont les secteurs industriel, commercial, institutionnel et de la construction qui produisent le plus de déchets. Pas moins des deux tiers de tout ce qu'on jette au Québec proviennent de ces secteurs. D'où la nécessité d'un modèle de financement de la disposition des déchets basé sur le principe du pollueur-payeur.
À propos de la responsabilisation des commerçants, bonne nouvelle : Québec prévoit étendre dès ce printemps le Règlement sur la récupération et la valorisation des produits par les entreprises, actuellement en vigueur pour la peinture et les huiles usées, aux appareils électroniques, aux piles et aux lampes au mercure. Désormais, les distributeurs de ces produits devront accepter de les reprendre à la fin de leur vie utile.
Québec n'entend pas utiliser la manière forte pour atteindre les objectifs de sa nouvelle politique en imposant des amendes aux délinquants, préférant miser sur le mouvement volontaire. Souhaitons qu'il aura misé juste.