La Marche des femmes, tout comme la journée du 8 mars, suscite toujours la même question : qu'est-ce que cela donne? Des statistiques ont beau démontrer le contraire, plusieurs ont tendance à croire que l'égalité entre les hommes et les femmes est totalement atteinte et que les revendications des groupes de femmes ne sont que du «chialage de bonnes femmes».
Que les femmes soient davantage victimes de violence que les hommes, qu'elles soient plus nombreuses qu'eux à assumer seules des responsabilités familiales et qu'elles touchent des revenus moindres que ceux des hommes, notamment parce qu'elles occupent entre 60 et 70 % des emplois payés au salaire minimum, cela bouleverse peu dans les foyers. Pas plus que de savoir que les femmes sont sous-représentées dans les conseils d'administration et les postes électifs.
Le fait que plusieurs entreprises privées n'ont toujours pas procédé à un exercice d'équité salariale pour reconnaître à sa juste valeur le travail réalisé principalement par des femmes ne crée pas non plus d'indignation. Que des milliers de femmes soient privées d'un relèvement salarial, donc d'une plus grande autonomie économique, n'est pas vu comme une attaque à une valeur fondamentale de la société québécoise.
Si par contre une femme demande d'enseigner coiffée d'un foulard, c'est le branle-bas de combat pour certains. Le gouvernement doit intervenir rapidement pour interdire tous les signes religieux ostentatoires dans les lieux publics. L'égalité entre les hommes et les femmes est menacée au Québec.
La religion suscite toujours plus de débats animés et émotifs. Mais comment expliquer que ce qui concerne le quotidien de milliers de Québécoises suscite si peu d'intérêt et de mobilisation? Est-ce le sentiment que des progrès tangibles ont été réalisés sur plusieurs fronts et que la suite viendra sans effort? En mars dernier, une étude du Conseil du statut de la femme révélait une amélioration constante des diverses facettes de la vie des femmes et des hommes depuis 25 ans. Malheureusement, le Conseil observait aussi que des inégalités persistent.
Pourquoi cet enjeu rallie-t-il si peu? La Fédération des femmes du Québec aurait intérêt à revoir sa stratégie. En donnant trop souvent l'impression de ne faire qu'un avec les centrales syndicales et avec Québec solidaire, la Fédération exclut d'elle-même de nombreuses femmes. Le poids du nombre est pourtant important lorsqu'on veut influencer le cours des choses.