Le gouvernement Harper doit revenir sur sa décision d'abolir l'obligation de répondre à la version longue du questionnaire de recensement.
Seule la version courte demeurera obligatoire à compter de l'an prochain. Le formulaire détaillé deviendra facultatif. Ainsi a en décidé le ministre Tony Clement à la fin juin.
Malheureusement, ce qu'a dit le ministre jusqu'ici ne constitue pas l'ombre d'un argument. S'il fallait éliminer tout ce qui déplaît à certains citoyens, il ne resterait rapidement plus rien de nos États!
Tony Clement et son gouvernement ont trop tendu l'oreille vers des esprits libertariens, qui voient dans l'opération de recensement une intrusion de l'État dans leurs affaires. Ou à d'autres, qui n'y voient qu'une menace à la vie privée. Ceux-là devraient davantage s'inquiéter des informations autrement plus précises que possèdent à leur sujet des émetteurs de cartes de crédit.
Quatre raisons d'aller dans les détails
Pourquoi faudrait-il que la version longue et détaillée demeure obligatoire? Pour au moins quatre raisons.
D'abord, l'opposition compréhensible d'une partie de la population aux sanctions pesant contre ceux qui refusent de remplir ce questionnaire ne fonde pas un argument, puisque Ottawa conserve cette même obligation pour le formulaire de base, celui portant sur l'âge, le sexe et les liens de parenté.
Deuxièmement, la version longue et détaillée a beau être pénible à remplir, elle n'est (n'était) envoyée qu'à 20% de la population. Ce qui fait que chaque citoyen n'avait à s'y coller qu'une fois tous les 25 ans (les recensements ayant lieu aux cinq ans). Ce n'est pas la mer à boire.
Troisièmement, la crainte d'être poursuivi fait en sorte que le taux de réponse a toujours oscillé autour de 97%. Même si davantage de formulaires détaillés devraient être envoyés dans les foyers l'an prochain, le taux de réponse dégringolera dès lors qu'il ne sera plus obligatoire de les remplir. La fiabilité des données en pâtira.
Enfin, les réponses fournies aux questions figurant dans le formulaire long - parce qu'elles portent sur la langue parlée à la maison, l'emploi qu'on occupe ou pas, ses revenus, son niveau d'éducation ou son origine ethnique - permettent à Ottawa, aux provinces et aux municipalités de suivre l'évolution des populations. Elles leur permettent de s'appuyer sur des faits irréfutables lorsqu'ils élaborent des programmes et des politiques. Et il faudrait se priver de cet outil?