Le «moment Péladeau»

Pierre Karl Péladeau a obtenu 57,6% des votes.... (Photo Mathieu Bélanger, Reuters)

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Pierre Karl Péladeau a obtenu 57,6% des votes.

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(Québec) Pierre Karl Péladeau a gagné son pari. Il a confondu les sceptiques qui doutaient de sa capacité de survivre aux nombreux débats qui l'ont opposé à des adversaires aguerris. Il a eu raison du meilleur tribun du groupe, Bernard Drainville, et a obtenu une majorité suffisante pour rallier les autres candidats. Les libéraux et les caquistes devront en prendre note: malgré son manque d'expérience politique, le nouveau chef du Parti québécois (PQ) ne doit pas être sous-estimé.

Son défi demeure énorme. C'est Jean-François Lisée qui a lancé la plus belle formule pour expliquer l'emballement des péquistes à son endroit. Les militants, a-t-il dit, ont besoin de vivre «leur moment Pierre Karl Péladeau... jusqu'au bout». Il n'a pas dit jusqu'à la lie, mais il aurait pu le faire, compte tenu du reste de sa déclaration. PKP, a-t-il ajouté, est «une bombe à retardement pour le PQ».

Dans moins de deux semaines, la Commission des institutions de l'Assemblée nationale se penchera sur le rapport du Commissaire à l'éthique : comment réconcilier son refus de vendre ses actions de Québecor avec le code d'éthique des parlementaires qui lui commande de céder ses actifs à une fiducie sans droit de regard ayant tous les pouvoirs d'un propriétaire, donc celui de vendre les actions?

Il est douteux que les libéraux, majoritaires à la Commission, forcent le jeu au point de réclamer sa démission. Leur intérêt est d'utiliser ce débat pour le discréditer aux yeux de l'opinion publique. Qui plus est, Péladeau pourra difficilement dénoncer les conflits d'intérêts ailleurs si le Commissaire à l'éthique statue qu'il s'est placé lui-même dans une situation apparente de conflit d'intérêts. Finalement, ses médias écrits et télévisés devront afficher une grande prudence dans le traitement de l'actualité politique, pour éviter de se faire accuser de favoritisme envers leur patron.

RETOUR SUR TERRE

Au cours des derniers mois, les péquistes ont vécu dans une bulle, dans l'euphorie d'un monde où la souveraineté du Québec semble à portée de main. On a tous été témoins de situations similaires dans le passé à l'occasion des congrès politiques et du grand cri de ralliement : «On veut un pays...» Mais depuis le référendum de 1995, le retour à la réalité les a souvent déçus : sondages défavorables, dissensions à l'interne sur les stratégies, critiques à l'endroit du chef et de son entourage. Les membres du PQ ont joué dans ce film à de nombreuses reprises.

Ils se sont repris à espérer depuis l'entrée en scène de Pierre Karl Péladeau. À compter de demain, c'est le retour sur terre. Il y aura d'autres congrès, d'autres moments d'enthousiasme collectif. Mais il y aura d'autres sondages et d'autres obstacles. Et à l'approche des élections de 2018, le nouveau chef du PQ devra préciser ses intentions référendaires. Finies les «conditions gagnantes» de Lucien Bouchard, «le plus vite possible» de Bernard Landry ou «au moment approprié» de Pauline Marois. Ses militants le rappelleront à l'obligation de résultats qu'il s'est donnée en promettant de «faire du Québec un pays».

«Aux prochaines élections, en 2018, on ne pourra pas se contenter des "peut-être ben que oui, peut-être ben que non, c'est pas exclu"», a écrit Bernard Drainville en février dernier. «Si on veut mettre les questions de calendrier derrière nous, on devra décider avant les élections de nous engager ou non à tenir un référendum.» Drainville n'est pas seul à penser ainsi. Tous estiment que cette fois, le PQ doit créer les conditions gagnantes au lieu de les attendre.

Pierre Karl Péladeau a toujours refusé de dire quel était son plan si les conditions gagnantes ne sont pas réunies à l'approche des élections de 2018. Mais il ne pourra pas revenir en arrière après les espoirs qu'il a soulevés pendant la course à la direction du parti.

Le «moment Péladeau», c'est maintenant qu'il commence. Et comme l'a dit Jean-François Lisée, ce sera «jusqu'au bout». S'il est vrai que six mois en politique, c'est l'éternité, imaginez trois ans...

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