Les oiseaux migrateurs

Joanne Ouellet observe les oiseaux comme j'observe les... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Joanne Ouellet observe les oiseaux comme j'observe les gens dans un parc public, elle imagine leur vie, leurs amours. «Des fois, j'imagine des scénarios, des conversations...» dit-elle.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) J'admire les gens qui savent dessiner, qui arrivent, d'un trait de crayon, à donner forme, presque à donner vie.

Joanne Ouellet est de ceux-là. Elle dessine des oiseaux surtout, qu'elle observe des heures durant. Elle m'a donné rendez-vous à la halte routière de Saint-Vallier, il faisait beau soleil, frisquet. Les oies étaient là, pas aussi proches que le matin. Joanne est arrivée à l'aube, comme elle fait toujours.

Elle passe la journée sur la grève.

Ce jour-là, elle s'était installée sur un tronc couché au sol, avec une branche qui lui servait de patère. Elle avait planté son appareil-photo dans les petites roches, avait posé son livre de croquis devant elle et ses pinceaux à côté. Un atelier de fortune où elle croque des ambiances, elle fait ça depuis des années.

Peut-être une trentaine, elle ne se souvient plus exactement. 

Elle se souvient par contre des canards de sa grand-mère qui la suivaient partout où elle allait. «Je traversais la rue, ils traversaient avec moi. J'ai été attirée très tôt par la nature, par les animaux.» Et par le dessin. «J'ai toujours su que ça allait être ça, ma vie, être artiste-peintre.» 

Elle a gardé le cap, comme les bernaches.

Elle a constaté au fil des ans que les oiseaux sont de moins en moins nombreux, qu'ils se déplacent. Pour le reste, elle se contente de regarder. «Avec le temps j'ai appris à ne pas avoir d'attente de mes sujets.» Sur le bord de l'eau, elle est incommunicado. Elle décroche. «Je me laisse imprégner par les ambiances, c'est ça que je veux reproduire.»

Les volatiles sont des personnages.

Elle ne s'attarde pas aux oiseaux comme le font les ornithologues, qui scrutent le plumage, la crête, le croupion, la calotte et l'espace sous-mustacien. L'artiste les observe comme j'observe les gens dans un parc public, elle imagine leur vie, leurs amours. «Des fois, j'imagine des scénarios, des conversations...»

Et elle les croque en croquis. «Pendant une journée, je peux en faire deux, trois, parfois un seul.»

Elle prend des notes aussi. Elle s'en est servi pour faire un livre qu'elle vient de publier, Carnets des oiseaux de rivage des îles du fleuve Saint-Laurent, où on retrouve des croquis, dessinés au détour d'une grève, et des toiles qui sont nées de ces croquis. C'est comme ça qu'elle emmène le fleuve à son atelier.

Un exemple, page 90, île aux Basques, camp Joseph-Matte :

6h - une grive à dos olive

7h - un peu de pluie

8h - beaucoup de vent

9h - un lièvre

Elle quitte le fleuve en même temps que le soleil, son cahier de croquis sous le bras, quelques photos dans sa caméra. Elle fait de l'observation deux fois par année, quelques semaines au printemps et quelques autres à l'automne, choisit sa grève au gré des marées. Elle fait ses réserves pour l'année.

Quand elle ne peint pas, Joanne fait mille autres choses, deux en particulier. Elle est chargée de cours à l'École des arts visuels de l'Université Laval et fait de l'illustration de livres, surtout des contes pour enfants. «Je n'ai jamais eu de plan de carrière, je n'ai jamais voulu aller toujours plus loin, plus vite. J'ai toujours aimé ce que je faisais.»

C'est tout ce qu'elle souhaite à ses deux grands enfants.

Elle vit un peu comme les oies qu'elle observe depuis toutes ces années, elle passe une partie de ses étés aux Îles-de-la-Madeleine, une autre au nord de La Tuque, ses hivers dans sa maison de Lac-Beauport, entourée d'arbres. En se laissant porter par les projets qui s'offrent à elle. 

Joanne n'est pas du genre à se poser. Sauf quand les oies et les bernaches s'arrêtent, elle s'arrête aussi. «En observant les oiseaux, je n'ai pas tant appris des oiseaux que de la nature. J'y ai trouvé une façon de me calmer, de me ressourcer.»

Les oiseaux migrateurs ont bien compris ça, il faut savoir s'arrêter pour mieux repartir.

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