L'histoire des bonbons

Éric Béland, 18 ans, est allé au Népal... (PHOTO FOURNIE PAR Samuel Dussault)

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Éric Béland, 18 ans, est allé au Népal pour donner un coup de main. Il a travaillé dans une école et un orphelinat.

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(Québec) Je vais vous parler du Népal, mais pas tout de suite du séisme. Parce que le Népal, ce n'est pas que de la terre qui tremble.

C'est d'abord un pays où habitent 30 millions de Terriens, parmi les plus pauvres de la planète. Il y a la Chine au nord, plutôt le Tibet, et l'Inde des trois autres côtés. Quand on pense au Népal, on pense tout de suite à l'Everest.

Éric Béland, 18 ans, n'est pas allé au Népal pour conquérir le plus haut sommet du monde, il ne voulait rien conquérir du tout, il voulait juste donner un coup de main. Ça faisait déjà quelques mois qu'il usait ses semelles en Asie, il avait le goût de finir ça en se rendant utile. «Je voulais une vraie expérience de bénévolat.»

Il a choisi le Népal parce qu'une fille rencontrée au hasard du voyage lui en a dit du bien. «C'était clair pour moi qu'il fallait que j'aille là, c'est le pays où ils avaient le plus besoin. Je voulais arrêter de bouger, me poser un peu.» 

Début février, il s'est retrouvé devant une classe grande comme sa main, avec 40 enfants de tous les âges en face de lui. «Ils m'ont dit de leur montrer quelque chose.» Il était dans la classe d'anglais, avec la prof d'anglais, qui ne parlait pas anglais. «Je suis quand même bien tombé, elle ne battait pas les enfants...»

Là où il était, les profs battent les enfants pour se faire écouter, les enfants font la même chose. Et Éric, qui avait 17 ans, était devant eux à essayer d'attirer leur attention, plus que le «p'tit criss» debout sur le bureau. 

Son ami Samuel Dussault est venu lui prêter main-forte, il bourlinguait dans les pays autour depuis un petit moment. Ils partageaient leur temps entre l'école et l'orphelinat, étaient debout aux aurores, mangeaient du dal bhat pour déjeuner, un «mélange de riz et de curry», ça les faisait tenir jusqu'à l'après-midi.

Jusqu'au souper, en fait, les Népalais mangent deux fois par jour.

Deux fois du dal bhat.

Samuel et Éric se sont aperçus que les enfants ne comprenaient pas ce qu'ils apprenaient. «Ils faisaient juste du par coeur, m'explique Éric. Il n'y avait personne pour leur expliquer, ils prenaient les livres, ils étaient en anglais, et ils apprenaient tout, la physique, la chimie, sans comprendre ce qu'ils faisaient.»

Ça leur a pris deux cours pour leur montrer la différence entre in et under.

Éric aimait mieux l'orphelinat. «On avait plus le temps pour connaître les enfants, de passer du temps avec eux, un à un.» Comme ce jeune, à peu près du même âge qu'Éric, avec qui il jouait aux échecs. Quand il est parti, fin mars, ils lui ont fait une fête. «Je m'étais attaché à ces enfants, vraiment.»

Un garçon lui a écrit une lettre, pour lui dire merci. Le p'tit criss lui a donné un bec sur la joue. «Il m'a dit, tout bas à l'oreille : "on est pareil"... Le pire, c'est que c'est vrai, il était comme moi, plus jeune.»

Samuel est resté. Il n'avait plus le goût d'aller voir ailleurs, il voulait rester là jusqu'à la fin de son voyage, fin avril.

C'est ici que le Népal devient de la terre qui tremble. Le 25, à 11h56 précisément, il était dans un autobus, en route vers un village. «On était avec d'autres bénévoles, des Allemands, on allait voir une famille. On était dans un champ, je voyais la poussière lever, je ne comprenais pas trop...»

Les Népalais, eux, ont compris tout de suite ce qui se passait. Ils sont sortis de l'autobus, ont pris leurs jambes à leur cou et couru comme des dératés. «Tellement ça tremblait, ils tombaient en courant. C'était comme dans un film. L'autobus penchait d'un bord, de l'autre... Quand je suis sorti, j'avais de la misère à tenir debout.»

Il me raconte ça, et au même moment, à la télé du Tim Hortons où on avait rendez-vous mardi matin, des images du Népal qui tremble. Encore.

Samuel s'est rendu au village voir la famille, un vieux bâtiment, et c'est vite dit, s'était effondré. Il n'a pas pris la mesure de la catastrophe, pas tout de suite, c'est venu quand il s'est rendu au centre de Katmandou, quand il a vu les monuments religieux en ruines, les gens assis autour, figés.

Il a compris qu'il lui fallait appeler sa mère au plus sacrant. 

Samuel a fait comme bien d'autres, il s'est rendu au consulat canadien qui faisait comme si rien ne s'était passé. «Non seulement ils n'aidaient pas les gens, mais il n'y avait aucune directive. Ça fermait à 17h...» Il s'est rendu à l'aéroport, il a trouvé un téléphone, a appelé à la maison.

Ça va, maman.

L'école et l'orphelinat ont été épargnés, Samuel y est retourné, le temps de dire au revoir aux enfants. «Quand Éric est parti, ils ont fait une fête. Quand je suis parti, on était assis sur les briques du mur qui s'était effondré. J'avais l'impression de partir au moment où ils avaient le plus besoin...»

Il lui restait quelques jours avant son vol de retour, il en a profité pour continuer à donner un coup de main. «J'ai rencontré un gars, il devait rejoindre ses parents le 27, ils étaient partis faire un trek que j'avais fait. Je lui ai donné ma carte, j'ai essayé de voir où ils auraient pu être au moment du séisme...»

Ils étaient au mauvais endroit. «C'est le couple de l'Ouest canadien qui est mort dans le tremblement de terre. Ça touche plus, quand on a l'impression de les connaître, quand on a un lien...»

Il y a plus de 8000 histoires qui finissent mal comme ça.

Je leur ai posé une dernière question, je pose toujours la même à la fin de mes entrevues, «est-ce que vous avez quelque chose d'autre à me dire?» Ils ne m'ont pas parlé du séisme, ni de l'extrême pauvreté des Népalais, ni de la corruption, omniprésente. «Samuel, tu lui racontes l'histoire des bonbons?»

Samuel m'a raconté. «Il y avait un des jeunes à l'orphelinat, c'était sa fête. Il est allé acheter des bonbons à l'unité, à un roupie chaque, et il les a donnés. Quand Éric a vu ça, il lui en a acheté d'autres, pour lui, et il les a encore donnés... C'est comme ça, là-bas, quand c'est ta fête, tu donnes, tu ne reçois pas.»

C'est ce que Samuel et Éric ont appris, là-bas, le plaisir de donner.

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