Le cas PKP scruté à la fin du mois!

Les libéraux sont convaincus que Pierre Karl Péladeau... (La Presse Canadienne, Jacques Boissinot)

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Les libéraux sont convaincus que Pierre Karl Péladeau utilise déjà et utilisera son pouvoir médiatique une fois à la tête du PQ, pour mener ses luttes politiques.

La Presse Canadienne, Jacques Boissinot

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(Québec) Le gouvernement Couillard portera le présumé «conflit d'intérêts» de Pierre Karl Péladeau en commission parlementaire dans moins de trois semaines. Et cette fois, c'est pour se rendre jusqu'au bout de l'exercice.

Tous les partis ont été prévenus, mais les libéraux ont effectué une démarche spéciale auprès de François Legault, pour s'assurer de son appui. Quelle stratégie adopter face à ce baron de la presse qui veut devenir premier ministre, sans se départir de ses actions dans Québecor? La question est lancée.

Le débat avait été mis de côté par les libéraux à la suite du désaccord avec le Parti québécois (PQ) sur le mandat à donner à la commission parlementaire. Mais la publication par les médias de Québecor d'une histoire mêlant Philippe Couillard à une fraude boursière (dossier Amorfix), le 14 avril dernier, a mis le feu aux poudres. Furieux, le premier ministre a rétorqué qu'avant «de regarder la paille dans les yeux des autres, on regarde la poutre dans ses yeux à soi». Il a rappelé à Stéphane Bédard que le PQ a «un membre de son caucus qui détient 40 % de l'empire médiatique le plus influent du Québec. Ça, c'est de la gouvernance à régler».

La sortie de Philippe Couillard a envoyé un signal clair à ses troupes. «Il a signifié à tout le monde que pour le gouvernement et pour lui-même, cette situation était inadmissible», a confirmé un proche du premier ministre.

Les libéraux sont convaincus que Pierre Karl Péladeau utilise déjà et utilisera son pouvoir médiatique une fois à la tête du PQ, pour mener ses luttes politiques. Ils ont donc décidé de passer à l'attaque. Le signal envoyé par Philippe Couillard explique la sortie de Jean-Marc Fournier contre PKP, mardi. Jusqu'à maintenant, les libéraux s'étaient contentés de dénoncer la situation de «conflit d'intérêts» dans laquelle s'est placé Pierre Karl Péladeau, en refusant de vendre ses actions dans Québecor. Mardi, Fournier a attaqué la personnalité de Péladeau. Il a pris prétexte des révélations de Pierre Céré et de Martine Ouellet, qui disent avoir été «apostrophés» pour lui avoir posé des questions embarrassantes pendant les débats au PQ. «S'il est capable de ce type d'agressions à l'égard de ceux qui pensent comme lui, qu'arrivera-t-il des citoyens dans un État-Péladeau lorsqu'ils ne pensent pas comme lui? a demandé Fournier. Je constate que M. Péladeau est agressif et colérique. Il attaque ses collègues. Il attaque les institutions.»

Dans les coulisses du Parti libéral du Québec, on confirme que ce changement d'attitude signifie que le gouvernement entend aller jusqu'au bout. D'où l'importance de s'entendre avec les autres partis, et surtout la Coalition avenir Québec. 

La CAQ aurait favorisé une action unilatérale en ce domaine, c'est-à-dire une révision du code d'éthique des élus à l'Assemblée nationale. Une telle action forcerait à Péladeau à vendre ses actions ou à quitter la politique. L'objectif des libéraux n'est pas de l'écarter de la politique, mais de l'affaiblir dans l'opinion publique.

Joint hier par Le Soleil, le ministre Jean-Marc Fournier a fait valoir que c'est la loi qui commande la convocation de la Commission des institutions, afin que les élus puissent faire l'étude du rapport du commissaire à l'éthique déposé en février dernier. Le commissaire sera entendu par les parlementaires le 26 mai. Son témoignage sera suivi par celui du jurisconsulte le 2 juin. «Vous comprenez évidemment que l'une des questions à l'ordre du jour, sera celle de la fiducie sans droit de regard», a ajouté M. Fournier. Il a rappelé que le jurisconsulte s'est prononcé sur cette question en 2008, et qu'il a réaffirmé son avis récemment en réponse à une demande du gouvernement. Il a ajouté que le commissaire à l'éthique a publié une note sur le sujet en février 2014, note qui allait dans le même sens que l'opinion du jurisconsulte. La note en question conclut que le fiduciaire ou le mandataire doit être indépendant, et qu'il «doit disposer de tous les pouvoirs sur les biens, comme s'il en était propriétaire». Or Pierre Karl Péladeau a indiqué que son fiduciaire n'aurait pas le droit de vendre les actions de Québecor. 

Fournier rappelle que le PQ l'a accusé d'avoir détourné l'institution du jurisconsulte en lui demandant un avis sur le sujet. Or la note du commissaire, ajoute-t-il, stipule que «le jurisconsulte et le commissaire peuvent être consultés sur toute question concernant la présente note d'information au sujet de la fiducie sans droit de regard et du mandat sans droit de regard».

M. Fournier fait valoir qu'une autre recommandation du commissaire parle de la nature ou de l'ampleur des intérêts. «La nature, c'est évidemment la nature médiatique, l'ampleur, c'est celle d'un conglomérat d'une envergure considérable.» Selon Jean-Marc Fournier, cette recommandation du commissaire «est liée à l'avis qu'il a donné blâmant le député de Saint-

Jérôme, dans lequel il dit que le député a tellement d'intérêts qu'il y aura toujours une perception de conflit d'intérêts». 

«Je crois qu'il y a un sérieux problème, ajoute Fournier, et il faut voir quels sont les meilleurs moyens pour éviter que le médiatique et le politique s'entremêlent au point qu'on finisse par s'y perdre.»

Selon lui, le débat est légitime. Il rappelle que le groupe de l'Université Laval dirigé par Florian Sauvageau prépare un rapport sur cette question. «Le PQ a utilisé tous les moyens pour éviter que le débat se tienne, et il va falloir qu'il se tienne. Mais j'aimerais ça que ça se tienne avec des personnes avisées, scientifiques et éclairées, et pas nécessairement par des Jean-Marc Fournier qui sont vus par la population comme étant très partisans.»

Des échos du comité Sauvageau

Le rapport du Centre d'études sur les médias de l'Université Laval, relativement au cas de Pierre Karl Péladeau, ne sera achevé qu'en août prochain. Mais l'organisme a déjà tenu un colloque sur le sujet le 24 avril, en collaboration avec les HEC. Trois sommités internationales ont participé à l'événement, soit Paolo Mancini de l'Université de Pérouse, en Italie, et auteur d'un livre sur Silvio Berlusconi; Éric Fottorino, ancien directeur du quotidien Le Monde; et Robert Picard, directeur de la recherche au Reuters Institute for the Study of Journalism, de l'Université d'Oxford.

L'événement était public, mais il est passé inaperçu dans les médias. Pourtant, le compte rendu de cette séance contient de sérieuses mises en garde. Il a été rédigé dans le cadre du Projet J, une initiative de la Fondation pour le journalisme canadien en collaboration avec neuf universités. L'auteure est Hélène Roulot-Ganzmann. En voici quelques extraits. (Les sous-titres sont du Soleil.)

Les amis de Sarkozy

Éric Fotorino, ex-directeur du quotidien français Le Monde et fondateur de l'hebdomadaire Le 1, entame le colloque avec une anecdote. Entre 2007 et 2010, le journal Le Monde doit se recapitaliser, endetté qu'il est depuis la fin des années 90. Il faut trouver 100 millions d'euros (130 millions $). «J'avais commencé à entamer les discussions lorsqu'en 2010, le président Sarkozy me fait venir dans son bureau pour me signifier qu'il était absurde et idiot de ma part d'imaginer pouvoir vendre Le Monde à un autre groupe que le groupe Lagardère, raconte-t-il. Je n'ai pas obtempéré parce que je ne pensais pas que Lagardère était la meilleure des options. Mais aussi parce que je ne souhaitais pas que Le Monde passe dans les mains d'un groupe dirigé par un ami de Nicolas Sarkozy, qu'il appelait même son "frère", en l'occurrence Arnaud Lagardère. J'estimais que ça ferait tache pour l'image du quotidien.»

Trois semaines plus tard, alors que la direction du Monde est en pleine discussion pour la vente de son imprimerie, elle reçoit coup sur coup des résiliations de contrat de la part de ses trois plus gros clients, à savoir le journal économique Les Échos, le quotidien gratuit Direct Matin et le Journal du Dimanche. Tous trois appartenant à de proches amis du président Sarkozy.

«J'ai vite compris à quel point il était dangereux de s'approcher d'un peu trop près du pouvoir lorsqu'on ne souhaite pas entrer dans un rapport maître/serviteur», ajoute-t-il.

L'autocensure

Éric Fotorino rappelle que depuis le début des années 2000, les principaux médias français sont passés aux mains de grands groupes qui ont fait leur fortune dans bien d'autres industries que celle des médias. Le luxe, l'armement, la téléphonie font partie de celles-là.

«En règle générale, les journalistes continuent à faire leur travail comme avant, explique-t-il. Un mur est érigé entre la rédaction et l'actionnaire. Mais c'est plus pernicieux que ça. Il y a une forme d'autocensure. Il est difficile pour les journalistes qui investiguent dans le domaine de l'actionnaire d'aller jusqu'au bout de l'enquête. Il y a aussi l'effet inverse qui consiste à relayer toutes les informations qui peuvent nuire à la concurrence. Il ne faut pas se cacher les yeux : en reprenant un média, les actionnaires achètent de l'influence.»

Le cas Berlusconi

Paolo Mancini : «Les médias sont partisans en Italie, c'est une tradition, explique-t-il. M. Berlusconi n'est pas le premier à avoir contrôlé un grand groupe médiatique susceptible de servir ses intérêts. En revanche, il a très bien su en jouer lorsqu'il s'est agi de se lancer en politique. Parce qu'il connaît toutes les ficelles du milieu. Il a su se fabriquer une image qui fascine les médias et, plus particulièrement, la télévision, celle par qui la grande majorité des Italiens s'informent.»

Une image de succès, dans le business, dans le sport, puisqu'il était également propriétaire de l'équipe de soccer du Milan AC, qui a remporté plusieurs fois la Coupe d'Italie dans les années 90. Succès avec les femmes aussi. «Il faisait rêver, il passait sur toutes les chaînes de télévision, il faisait la une de tous les magazines, pas seulement ceux qui lui appartenaient», rappelle le professeur. 

La concentration des médias

Parce qu'ils ont un large pouvoir de notoriété, les médias joueraient donc un rôle primordial lors des transitions démocratiques. Une affirmation reprise à son compte par Robert Picard. Il ajoute que cette situation peut se révéler problématique si, comme c'est le cas au Québec avec M. Péladeau, un magnat fait le saut en politique. Selon lui, il existe des solutions tant et aussi longtemps que le néopoliticien joue le jeu. Par exemple, en prenant la mairie de New York, Michael Bloomberg s'est départi de tous ses intérêts dans le groupe qu'il détenait. Et pour prouver sa neutralité, un employé a été embauché pour critiquer tout ce qui ressemblait à une forme de loyauté envers l'ex-patron. Il avait le mandat d'aller sur la place publique pour le dénoncer.

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