Le triomphe raté d'un gala ambitieux

L'annulation du Gala Triomphe, qui aurait dû se... (Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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L'annulation du Gala Triomphe, qui aurait dû se tenir jeudi, continue de soulever beaucoup d'interrogations.  Marcel Aubut avait mis sur pied un gala très ambitieux pour honorer les meilleurs athlètes de la région.

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(Québec) Beaucoup de remous sur l'annulation du Gala Triomphe qui devait avoir lieu jeudi au Colisée devant 1400 invités et VIP. On ignore quand et sous quelle forme la soirée d'hommage aux athlètes de la région sera reprise.

Il me vient deux questions.

1) La première, relativement simple : Marcel Aubut avait-il ou pas une entente lui garantissant l'accès au Colisée le 30 avril et les deux jours précédents?

Je ne me risquerai pas à spéculer. C'est la parole de l'un contre celle de l'autre. Un tribunal en décidera.

Il semble invraisemblable qu'ExpoCité ait promis le Colisée à M. Aubut sachant que les Remparts étaient en séries et ont une priorité de location.

Mais il est tout aussi invraisemblable que M. Aubut ait scellé une date de gala et engagé des frais sans avoir d'entente sur la disponibilité du Colisée. 

Le communiqué de presse qui en fait l'annonce est daté du 6février. 

Le maire Labeaume trouve «incompréhensible» d'avoir choisi une date de gala en pleines séries éliminatoires. Peut-être, mais si ExpoCité avait donné le feu vert, on ne peut rien reprocher à M.Aubut. 

La fin avril est la période la plus propice pour un gala d'athlètes, car c'est celle où ils sont les plus disponibles. Plusieurs repartent ensuite s'entraîner à l'étranger.

À l'époque où le gala avait lieu en décembre, beaucoup d'athlètes ne pouvaient y assister. Ce n'est donc pas par caprice ou insouciance que le gala est maintenant programmé fin avril.

2) Ce qui amène à la seconde question : est-ce nécessaire de faire un si gros gala? Et pourquoi le Colisée à tout prix alors que d'autres salles convenables (Centre des congrès, Centre de foires, etc.) étaient disponibles le même soir?

Plusieurs ont reproché à M.Aubut son intransigeance. Ils font valoir qu'une autre date, un autre lieu ou un décor moins ambitieux auraient permis de sauver le gala.

Le bruit a couru que M. Aubut avait sauté sur le prétexte d'un conflit d'horaire pour éviter le naufrage financier d'un gala qu'il ne réussissait pas à vendre.

Vérification faite, c'est tout le contraire. Les 1400 places étaient vendues depuis un mois et il a fallu refuser des convives.

J'ai la conviction que si M.Aubut a annulé son gala, c'est qu'il a jugé ne pas avoir le choix. Un homme aussi pugnace et orgueilleux n'abandonne pas si facilement.

Surtout que son image de gagnant en sort amochée, ce qui risque de compliquer ses ventes à l'avenir. Il y aura désormais un doute, là où il n'y en avait pas.

Plus tôt cette semaine, le Madison Square Garden de New York a reporté à quelques jours d'avis le spectacle d'Eric Clapton pour ses 70 ans. 

«Dû à la partie des Rangers en séries, spectacle remis au lendemain». Fin du débat. J'imagine que le contrat était plus clair qu'au Colisée.

Clapton n'est pas le dernier venu et New York, pas une ville de néophytes. Si Clapton a pu être déplacé, pourquoi pas un gala à Québec?      

Parce que la logistique de ce gala est plus complexe que celle d'un concert de tournée, fait valoir le groupe Aubut.

On allait y honorer des athlètes et souligner l'histoire du Colisée à travers 64 tableaux thématiques. Changer le lieu n'aurait pas eu de sens.

Des artistes venus de l'extérieur (Véronique Dicaire, André-­Philippe Gagnon, etc.) devaient participer à ces tableaux. 

S'ils avaient touché un gros cachet, on aurait pu les reporter au lendemain. Mais quand on paie peu ou pas, on est à la merci de leurs horaires.

Difficile aussi, à une semaine d'avis, d'imposer un changement de date à des invités qui ont payé jusqu'à 10000 $ la table.

Ces tables VIP devaient être grimpées dans les estrades du Colisée, d'où la complexité de l'installation.   

Les Remparts et la Ligue ont été de bonne foi en devançant d'une journée les matchs de cette semaine. ExpoCité a aussi proposé de remanier des horaires de montage, mais ça n'a pas suffi. 

Il manquait encore une quinzaine d'heures avec du personnel spécialisé pour une installation sécuritaire et conforme au concept, a estimé le groupe Aubut.

Ce qui ramène à la question de départ. Était-il nécessaire d'en faire autant?

Pendant des décennies, le Gala de l'athlète a tenu de belles soirées avec remises de trophées. 

Le gala reposait sur le bénévolat; des journalistes de sports choisissaient les gagnants. 

Chaque année, un président d'honneur finissait par vendre lui-même la majorité des 200 cartes à 100 $ et à boucler le budget de peine et de misère.

À l'automne 2012, le Gala Victoris-­Desjardins, c'est comme cela qu'il s'appelait alors, s'est retrouvé en difficulté. À un mois et demi d'avis, Luc Ouellet de National a été appelé en catastrophe.

Il a accepté de vendre des cartes, mais a posé comme conditions que des bourses soient remises aux gagnants. 

Les 20000 $ remis cette année-là sont venus de Marcel Aubut, à même les surplus du dîner-­conférence de Jacques Rogge (CIO) au Centre de foires. 

La Fondation Nordiques de Marcel Aubut a depuis officiellement pris la charge de l'organisation.

Le virage de 2012 a été maintenu et amplifié. Le Gala devenu Triomphe est désormais une opération de collecte de fonds en plus des honneurs et bourses remis aux gagnants.

***

Une cérémonie plus sobre aurait permis cette semaine de déplacer l'activité dans une autre salle lorsqu'a surgi le conflit d'horaire. 

Mais une cérémonie sobre n'aurait pas permis de vendre des tables à 3000 $, 5000 $ ou 10000$. 

Quand on demande autant d'argent, il faut pouvoir offrir quelque chose en retour, outre la satisfaction de soutenir le sport et les athlètes. 

Marcel Aubut en fait plus que le nécessaire. Sans doute plus que le client en demande. 

C'est sa recette. En faire plus pour obtenir plus. Ça semble fonctionner, car il réussit là où d'autres échouent ou n'auraient pas osé. 

Sauf que ça ne plaît pas à tout le monde. Pas tant la recette que la personnalité du chef.

Il n'y a pas de petite vitesse ou de reculons sur le bulldozer de Marcel Aubut.

Ses méthodes brusques dérangent; son manque de savoir-vivre irrite; sa vanité et sa suffisance tapent sur les nerfs.

Des gens d'affaires et collaborateurs finissent par ne plus vouloir travailler avec lui, exaspérés par son harcèlement et son tordage de bras.

Il exige plus, en redemande, presse ses fournisseurs de couper leurs prix, puis de couper encore; ou à l'inverse, il flatte et louange jusqu'à l'impudence des commanditaires et élus à qui il finit par arracher des contributions.

C'est anecdotique mais révélateur: le site Internet du Gala Triomphe affichait cette semaine une cinquantaine de noms, dont plusieurs influents, décrits comme membres du «Comité organisateur».

Je me suis mis sur le téléphone pour découvrir que plusieurs n'avaient rien à voir avec l'organisation. Coudonc, est-ce qu'il se sert de nos noms pour ramasser de l'argent, s'est indigné un de ces «organisateurs».

La liste du comité n'était pas à jour, a expliqué la Fondation.  

Tant que Marcel Aubut a livré avec succès les événements promis, les critiques ont été discrètes. Surtout que Marcel Aubut apporte beaucoup à Québec et aux athlètes.  

L'échec du Gala Triomphe vient cependant de réveiller de vieilles animosités. 

Quelque chose de profond et de viscéral. Un jugement sur la méthode Aubut, mais plus encore, sur sa personne.

Pendant les 10 ans qui ont suivi la vente des Nordiques, Marcel Aubut a été persona non grata à Québec.

Puis il est revenu. Ça a commencé avec Célébrons l'excellence en 2006 lors d'une réunion à Québec du Comité olympique canadien. Il a depuis été pleinement «réhabilité» dans l'espace public.

Jusqu'à cette semaine où pour la première fois depuis très longtemps, j'ai eu l'impression de revoir Québec divisée et hantée par de vieux démons.

Beaucoup de flou sur les budgets

La Fondations Nordiques affirme avoir dégagé un surplus de 565000$ au Gala Triomphe 2014, surplus qu'elle destine à des athlètes et organisations de la région.

Entre le 1er janvier 2013 et le 31décembre 2014, la Fondation rapporte avoir ainsi distribué 290500 $, à savoir : 210500 $ en bourses d'études à 104 athlètes; 34000 $ à des gagnants du Gala Triomphe et 46000$ à des organismes. Dans ce dernier cas, la liste détaillée n'est pas connue. 

C'est en soit beaucoup d'argent, mais loin des sommes recueillies. D'autres distributions de bourses sont à venir, assure la Fondation. 

Il n'y a pas de raison de douter de ces chiffres, mais il faut ici faire un acte de foi. 

Il n'existe ni rapport ni bilan des revenus et dépenses du Gala Triomphe 2014. 

Seulement une ligne où il est inscrit 565000 $ dans les papiers de la Fondation Nordiques, affirme son directeur général, Nicolas Labbé.

Pour le reste, le dg se dit peu au fait des finances et budgets de la Fondation dont le seul véritable gardien semble être le président Marcel Aubut.

Lorsque je lui ai posé des questions plus précises, M. Labbé a promis d'aller aux informations, mais ne m'est pas revenu et M. Aubut n'a pas rappelé. 

S'il ne s'agissait que d'argent privé, il n'y aurait rien à dire, sinon féliciter la Fondation pour son oeuvre. 

Ce qui est plus ennuyeux, c'est que les pouvoirs publics contribuent aussi aux galas de la Fondation Nordiques.

Selon mes informations, le gouvernement du Québec aurait mis 150000 $ dans le Gala Triomphe 2014 et la Ville, 15000 $ plus 10000$ en achat de tables. J'ignore pour le fédéral, mais Stephen Harper était le président d'honneur du Gala 2014. J'imagine que ça se «paye».

Simple coïncidence sans doute, les sommes distribuées en 2013 et 2014 sont du même ordre que les montants des contributions publiques.

Est-ce dire que les ventes de tables servent essentiellement à couvrir les frais de l'événement et que les bourses viennent du gouvernement? Je ne peux répondre.  

Le gouvernement du Québec a de nouveau été sollicité pour le Gala 2015 dont Philippe Couillard était le président d'honneur. J'imagine que ça aussi ça se paye.

La Ville de Québec avait quant à elle accepté de majorer à 30000$ sa contribution de cette année, plus 10000 $ pour l'achat de deux tables.

Dans le rapport du comité exécutif, on explique la hausse de la subvention «par la complexité d'utilisation du lieu, l'exploitation de la thématique historique, la capacité d'accueil plus limitée due à la configuration du lieu ainsi qu'au souci de conserver une certaine accessibilité à l'événement».  

Au moment du vote de l'exécutif, il était censé accueillir 1100personnes au gala. Dans les faits, 1400 cartes ont finalement été vendues.

Avec 1400 convives plutôt que les 2400 de 2014, les recettes de ventes de table étaient en baisse cette année et les coûts de production en hausse, vu l'ampleur du décor et du programme de la soirée au Colisée.

On ignore quelle part de ces coûts était assumée en argent ou en nature par des commanditaires. Difficile de spéculer sur les bénéfices attendus de l'édition 2015. 

Depuis sa création, la Fondation Nordiques rapporte avoir remis 5,5millions $ en bourses à 550 athlètes et organismes.

Cela donnerait 10000$ en moyenne par athlète ou organisme. 

Les bourses versées en 2013 et 2014 varient de 1000 $ à 8000 $ par athlète, soit sous la moyenne évoquée par la Fondation. Peut-être les mêmes athlètes avaient-ils reçu d'autres bourses par les années passées, ce qui pourrait expliquer l'écart.  

À l'origine, la Fondation a été pourvue de 10 millions $ provenant de la vente des Nordiques. 

L'idée était de ne pas toucher à ce capital et de distribuer les revenus de placement et les profits des activités de collecte de fonds. C'est ce qui fut fait.

Les sommes distribuées chaque année ont fluctué en fonction des rendements; un effort particulier de distribution est fait lors des années olympiques, rapporte M.Labbé. 

Encore là, il n'y a pas de raison de douter, mais il faut faire un acte de foi. La Fondation Nordiques a ses mérites, mais pas celui de la transparence. 

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