Tout va bien

Ayant reçu un nouveau coeur le 1er septembre... (Photo Dominique Gilbert)

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Ayant reçu un nouveau coeur le 1er septembre dernier, Élise Boissonneault-Gilbert a pu reprendre le travail. Elle a même été en mesure d'aider à l'érablière de ses parents.

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(Québec) Il y a un an, Élise Boissonneault-Gilbert se faisait tranquillement à l'idée qu'elle ne verrait plus naître de bébé autour d'elle. Elle se faisait à plein d'autres idées, celle de ne pas voir grandir ses deux enfants, de ne plus cultiver son jardin, de ne plus jamais sortir de l'hôpital, où elle a attendu un coeur pendant cinq mois.

Son neveu, Clovis, est né le 16avril. Élise a appris que sa belle-soeur était enceinte le même jour où on lui a annoncé qu'on avait trouvé un donneur.

Deux nouveaux coeurs, boum, boum.

Je vous ai déjà parlé d'Élise, une amie à moi, je l'avais rencontrée à l'hôpital en juin dernier, sa vie tenait à un soluté. Son coeur lui avait faux bond le matin du 1erjanvier, elle était en train de faire cuire du bacon, les enfants regardaient les bonshommes à la télévision. Elle est tombée dans les bras de son mari, Nicolas.

Ça faisait 10 ans que son coeur battait à moitié.

Son nom a été inscrit sur la liste d'attente pour un nouveau coeur, elle a poireauté chez elle trois mois avant d'aboutir à l'hôpital, où elle recevait par perfusion l'ultime médicament capable de la garder en vie. Elle a occupé un lit pendant cinq mois jour pour jour, en attendant que le téléphone sonne.

Elle m'avait raconté son histoire pour encourager les gens à signer le consentement pour donner leurs organes. Elle les invitait aussi à signer une pétition pour que le Québec se convertisse au modèle espagnol, qui fonctionne à l'envers du nôtre. Là-bas, le prélèvement est automatique, on signe la carte pour refuser.

En tout, 20448 personnes ont signé pour que le Québec troque le consentement explicite contre le consentement présumé. Le ministre Gaétan Barrette leur a répondu par lettre le 16 octobre 2014, il a dit que c'était une fausse bonne idée. Il a expliqué que si l'Espagne est le pays champion des dons d'organes, c'est parce qu'on identifie mieux les donneurs, quand ils sont à l'hôpital, entre la vie et la mort.

Qu'est-ce qu'on attend, alors?

Le Québec est en pénurie de donneurs, et ce n'est pas seulement un problème de consentement. En 2014, 154 personnes ont donné, en tout et pour tout, 458organes. Plus de 1000 personnes sont encore en attente, 39n'ont pas survécu.

Il ne faut jamais oublier qu'un donneur, c'est une personne qui meurt, une famille qui pleure. Le don d'organes peut être un baume.

Élise a reçu son nouveau coeur le 1er septembre. Je l'ai revue trois semaines après la transplantation, elle était déjà revenue chez elle, elle me disait combien elle avait hâte de retourner au travail, de faire du sport et, surtout, de cultiver son jardin.

Elle a trouvé la convalescence difficile, on l'avait prévenue, elle ne se doutait pas que son corps allait lui faire aussi mal. Elle en a eu marre des allers-retours à l'hôpital, jusqu'à quatre fois par semaine.

Elle y va une fois par mois maintenant.

Élise a repris le collier il y a deux mois, elle est herboriste à La Carotte Joyeuse, rue Saint-Jean. Elle fait une quinzaine d'heures par semaine, va à la piscine quatre ou cinq fois, elle a recommencé à s'entraîner, à faire du jogging. «Je peux faire plusieurs activités dans une seule journée. Avant, c'était une, et ça me prenait 48 heures à m'en remettre.»

Elle a fait germer 134 plants de tomates pour donner à des amis.

Elle est surtout contente de pouvoir recommencer à s'occuper des autres. Quand un client lui raconte ses brûlements d'estomac ou ses nuits d'insomnie, elle est de l'autre côté de la maladie. «Avant, c'était moi le centre de la maladie, tout le monde s'occupait de moi. Là, c'est à mon tour de redonner...»

Elle a aussi pu faire les sucres cette année, à la petite érablière de ses parents. «Depuis 11 ans, ils me laissaient à côté du boiler, mais jamais seule. Cette année, j'ai transporté des chaudières d'eau d'érable, je me suis occupée du boiler et j'ai transféré l'eau toute seule. C'est moi, la sucrière en chef...»

Depuis quelques semaines, quand elle parle de son coeur, Élise dit «mon coeur». Elle a fait la paix avec le fait qu'il a passé plusieurs années dans un autre corps que le sien. «On fait un maintenant. C'est sûr qu'il y a toujours des risques de rejet, mais tous les tests confirment que ça tient bon. Tout va bien.»

À 38 ans, elle a retrouvé la vie à peu près où elle l'avait laissée, avec un coeur qu'elle doit traiter aux petits oignons et des médicaments qu'elle devra prendre toute sa vie. Quand Élise est sortie de l'hôpital en septembre, sa fille de 12 ans lui a confié un secret. «Tu sais, maman, je m'étais faite à l'idée que j'allais peut-être devoir vivre sans toi...»

Élise ne lui a pas dit qu'elle avait fait la même chose.

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