Rouler sa bosse

Christian Dufour, qui est devenu quadriplégique peu avant... (Photothèque Le Soleil, Yan Doublet)

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Christian Dufour, qui est devenu quadriplégique peu avant ses 20 ans, s'est battu pour que les personnes handicapées puissent se déplacer plus facilement, notamment en ayant accès au transport en commun.

Photothèque Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) La Société de Québec pour prévenir la cruauté envers les animaux a été fondée en 1875, à peu près un demi-siècle après la première organisation vouée à la protection des animaux, en Angleterre. Pour la première fois, des humains se portaient à la défense des bêtes, pour qu'on les traite comme du monde.

L'Office des personnes handicapées du Québec a été créé en 1978. 

Six ans plus tôt, Christian Dufour a eu un accident de voiture. Ils étaient trois à bord, un qui est mort, un qui en est sorti indemne, et Christian, qui est devenu quadriplégique, deux mois avant ses 20 ans. Il a passé des mois à l'hôpital à apprendre à fonctionner avec ce corps qui ne fonctionnait plus vraiment, tous les muscles en bas des épaules ne répondaient plus, sauf les biceps, qui en avaient plein les bras. 

Il a voulu reprendre sa médecine, il en était à sa troisième année, on lui a fait comprendre que ce n'était pas la place pour un handicapé.

«Après avoir dû renoncer à la médecine, il s'est acheté un truck avec son frère et il est descendu en Amérique du Sud. Je l'ai rencontré par hasard au Costa Rica et, deux mois après, on s'est recroisé encore au Pérou. Je n'avais jamais rencontré de personnes handicapées avant ça.»

Robert Turcotte a donné un coup de fil à Christian à son retour à Québec. «Il avait commencé à monter un projet pour offrir du transport aux personnes handicapées, il avait acheté une Econoline. Il m'a offert de travailler avec lui.» Robert avait eu une autre offre d'emploi trois jours plus tôt, il l'a déclinée.

Christian avait baptisé l'Econoline «cacaille», Robert ne se rappelle pas pourquoi. Il se souvient qu'il a dû adapter le véhicule pour que les fauteuils roulants ne partent pas dans tous les sens. «J'ai fabriqué une rampe, j'ai installé des ceintures.»

Christian s'occupait des appels et de la gestion.

Robert se souvient surtout que c'était l'âge de pierre pour les personnes en fauteuils roulants. «Il y a une fille qui m'a marqué, elle avait 22 ans, c'était la première fois qu'elle sortait de chez elle pour aller ailleurs qu'à l'hôpital. De 5 à 21 ans, elle a passé ses journées sur le bol de toilette. Sa mère - elle était monoparen­tale - l'assoyait là le matin, jusqu'à son retour du travail, vers 16h.»

La fille pouvait maintenant aller au cinéma.

«Environ 90 % des gens qu'on transportait n'avaient jamais été plus loin que de chez eux à l'hôpital. Ils pouvaient maintenant aller partout, ils pouvaient aller au centre d'achat, certains ont commencé à étudier, à travailler.»

Mais Cacaille était un projet-pilote de sept mois. «Quand les fonds ont été épuisés, les gens voulaient que ça continue, ils s'étaient engagés dans des études, au travail. Il y a eu une grosse manif, on avait bloqué la Grande Allée, Dufferin.»

Le service a été rétabli un an plus tard, il a été intégré au transport en commun de la ville en 1980. 

En 2013, 7697 utilisateurs ont effectué 723 987 déplacements.

En 2013, Christian s'est fait frapper par une auto. C'était au lendemain du jour de l'An, il roulait tranquillement vers le centre-ville pour aller déjeuner, a calculé qu'il avait le temps de traverser une rue. Il ne l'avait pas. Une voiture l'a percuté par-derrière, il a volé 15 mètres devant.

«Christian, il lui est arrivé toutes les badlucks, mais il se relevait toujours. Ça arrivait que les gens oublient de venir pour le coucher dans le lit le soir, il devait passer la nuit dans son fauteuil, ça lui faisait des plaies. Une fois, on l'a mis dans son bain, l'eau était bouillante, il a été brûlé au troisième degré.»

Il a perdu trois doigts.

Rien n'arrêtait Christian, il avait toujours une idée en tête pour faciliter la vie des personnes handicapées. «Il s'est battu pour que les trottoirs soient en pente, pour que les fauteuils roulants puissent monter, il a monté un projet pour que les commerces aient des rampes. Ça a duré huit ou neuf mois, on arrivait avec le ciment et le bois. On a dû en faire une bonne quarantaine, avec pas beaucoup de moyens...»

En 1979, Robert et Christian sont partis en autobus dans l'Ouest avec un groupe de personnes handicapées. Ils ont fait du camping.  

«Après le dernier accident, ça a été plus difficile. Il a fait une pneumonie après. Le lundi de Pâques [le 6 avril dernier], Christian avait un début de pneumonie. Il est parti de chez lui, dans le Vieux-Québec, il s'est rendu dans le hall du ministère des Transports, c'est là qu'il travaillait. Il aimait ça aller lire là.»

L'endroit était désert. «Christian a sorti un livre, il a commencé à lire. Un moment donné, l'agent de sécurité a remarqué qu'il ne bougeait plus. Il lui a parlé, Christian ne répondait pas. Il était parti.»

Il est mieux d'y avoir une rampe d'accès au paradis.

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