Mégahôpital de l'Enfant-Jésus: 4 scénarios pour un projet de 2,1 milliards $

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Les terrains de l'hôpital de l'Enfant-Jésus

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(Québec) Le ministre de la Santé Gaétan Barrette s'est engagé cet hiver à ce que le nouvel hôpital de l'Enfant-Jésus ne dépasse pas 2,6 milliards $.

Les chargés de projet ont fait le point cette semaine et parlent même d'un projet de 2,1 milliards $. 

Dans un cas comme dans l'autre, il s'agit du plus gros projet immobilier de l'histoire de Québec. 

On va reconstruire l'équivalent des 22 bâtiments actuels de l'Hôtel-Dieu du Vieux-Québec et les intégrer au complexe de l'Enfant-Jésus.

Les promoteurs disent sentir une forte mobilisation du personnel des deux hôpitaux pour trouver les meilleures façons d'organiser les soins et respecter le budget.

Oublions ici le débat sur la pertinence d'un mégahôpital alors que la tendance mondiale est aux hôpitaux plus petits. 

Oublions aussi l'absence d'étude sur ce que serait la meilleure organisation régionale des soins hospitaliers. Posons simplement la question : est-ce que le budget du projet de l'Enfant-Jésus tient la route? 

Je vois quatre scénarios.

Le scénario «Walt Disney» est celui auquel personne... (Photothèque Le Soleil) - image 2.0

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Le scénario «Walt Disney» est celui auquel personne ne semble croire vraiment. Pas même ses promoteurs. 

Photothèque Le Soleil

1. Le scénario «Walt Disney»

C'est le scénario parfait. Celui auquel personne ne semble croire vraiment. Pas même ses promoteurs. 

On est ici dans le monde du merveilleux : 

› respect intégral des délais et du budget;

› maintien de tous les services annoncés : 760 lits, labos, neurologie, oncologie, stationnement souterrain, etc., et peut-être davantage (on parle d'ajouter la chirurgie vasculaire, ce qui n'était pas initialement prévu);  

› hôpital moderne, efficient et centré sur les patients; 

› intégration harmonieuse au voisinage et à la vie de quartier; préservation du patrimoine déjà bâti.

Dans cet hôpital de rêve, les lieux et la circulation des patients sont organisés de façon optimale. Chaque service est au bon endroit au bon moment. Pas de perte d'énergie, d'espace ou de temps. 

Pour y arriver, les promoteurs misent sur la méthode Kaizen, qui met les employés à contribution pour trouver les meilleures solutions. 

Un exemple : plutôt que 30 salles de consultation pour la demi-journée de pointe où il y a 30 médecins, on modifie les horaires pour mieux répartir les médecins dans la semaine; 20 salles bien utilisées en tout temps pourraient alors suffire.

Autre exemple : les nouvelles technologies mènent vers des accélérateurs plus petits pour le traitement du cancer, donc moins d'espace requis.

Des soins qui requièrent une hospitalisation pourraient un jour être offerts en externe ou ailleurs qu'à l'Enfant-Jésus. 

Des solutions «créatives» peuvent ainsi réduire les volumes à construire et les coûts, sans sacrifier les services. Est-ce que ce sera suffisant? Difficile à imaginer.

Cela me paraît tenir davantage d'un idéal à viser que d'une réelle probabilité.

Le scénario de la «sacoche» est celui du... (Photothèque Le Soleil) - image 3.0

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Le scénario de la «sacoche» est celui du ministre Gaétan Barrette (photo) et des chargés de projet de l'Enfant-Jésus. 

Photothèque Le Soleil

2. Le scénario de la «sacoche»

C'est le scénario du ministre Gaétan Barrette (photo) et des chargés de projet de l'Enfant-Jésus. 

Priorité absolue au respect du budget, même si l'échéance devait dépasser 2025.

Au besoin, on retourne aux planches à dessin pour trouver des solutions et, à la limite, on coupe dans la programmation : moins de lits, moins d'espaces de stationnement, moins «d'architecture», etc.

Ce scénario laisse songeur. 

Pour atteindre toutes les cibles d'optimisation évoquées, il faudra pratiquement refaire ou retoucher la totalité de l'Hôpital de l'Enfant-Jésus. En plus de reconstruire tous les volumes de L'Hôtel-Dieu. 

On m'a souvent expliqué les dépassements de coûts des grands projets par l'imprécision des évaluations de départ. 

Les promoteurs lancent un chiffre, mettent le train en marche et découvrent ensuite que les difficultés étaient sous-estimées et que des éléments avaient été oubliés. 

Or on ignore à quoi ressemblera le futur Enfant-Jésus. Quels services seront amalgamés, combien de salles d'opération, combien de lits ou de cases de stationnement, combien d'étages. 

Les promoteurs rendront publics le mois prochain sept «scénarios de volumétrie». 

On parle d'un budget ferme sans savoir exactement ce qu'on va construire ni comment. 

Tant mieux si le budget est respecté. Ce qui est plus difficile à croire, c'est de penser y arriver sans réduire les services.

Le cas échéant, que restera-t-il de la plus-value espérée de la fusion des deux hôpitaux? Outre de beaux locaux tout neufs, est-ce que ça aura vraiment valu le coût?

Un scénario comme celui du CHUM (photo) occasionerait... (Photothèque Le Soleil) - image 4.0

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Un scénario comme celui du CHUM (photo) occasionerait des retards et dépassements de coûts. 

Photothèque Le Soleil

3. Le scénario «catastrophe»

C'est le scénario traditionnel des grands projets publics. Le scénario du CHUM. Retards et dépassements de coûts. 

Il y a des exceptions, mais la tendance est lourde, d'où la méfiance et le cynisme des citoyens. 

On annonce un budget, mais les imprévus, les mauvaises évaluations, les changements de cap, les «tant qu'à y être» et les retards font exploser la facture. 

Quand ce n'est pas la magouille ou le choix du mode de construction en partenariat public-privé (PPP).

Un scénario du pire. 

Le CHUM, par exemple. Annoncé en 2000, le projet devait coûter 900 millions $ et être livré en 2006 (850 lits; 225 000 mètres carrés).

On parle aujourd'hui de 3,1 milliards $ pour un chantier qui ne sera terminé qu'en 2019 (772 lits; 260 000 mètres carrés). 

Le professeur de politique Raymond Hudon, de l'Université Laval, voit des similitudes d'enjeux entre le CHUM et l'Enfant-Jésus.

Dans une étude publiée l'automne dernier et en entrevue, il évoque les divisions parmi les médecins; les débats sur l'urbanisme et l'histoire; les craintes sur les coûts et l'organisation des soins; le contexte de réduction des dépenses de l'État, etc. «Le parallèle est assez évident.»

M. Hudon relève heureusement des différences. À Montréal, c'était un «projet séculaire» (1992) avec un grand débat public entre des acteurs locaux très polarisés et même au Conseil des ministres (Charest c. Couillard).

Rien de tel à Québec, dit-il, citant le maire Régis Labeaume : «Il ne faut pas voir là le syndrome Montréal et qu'on s'obstine pendant des années.»

Autre différence, le projet de l'Enfant-Jésus ne sera pas réalisé en PPP.

Croisons-nous les doigts.

Le scénario de «amphithéâtre» est celui où on... (Photothèque Le Soleil) - image 5.0

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Le scénario de «amphithéâtre» est celui où on lance très tôt un chiffre et on s'y accroche jusqu'à la fin. Au besoin, on coupe un peu dans la programmation, mais, pour l'essentiel, on maintient l'annonce initiale. 

Photothèque Le Soleil

4. Le scénario «amphithéâtre»

C'est le scénario que je reconnais le mieux dans la démarche actuelle du projet de l'Enfant-Jésus.

On lance très tôt un chiffre et on s'y accroche jusqu'à la fin. Au besoin, on coupe un peu dans la programmation, mais, pour l'essentiel, on maintient l'annonce initiale. 

Si on pressent que ça ne passera pas, on impute ce qui ferait dépasser à d'autres budgets ou à d'autres acteurs. 

À l'amphithéâtre, on a ainsi exclu de la facture officielle la reconstruction du Ludoplex assumée par Loto-Québec; le gouvernement a haussé sa contribution initiale et Québecor aussi; la place publique, la démolition du vieux Colisée et le réaménagement d'ExpoCité n'apparaissent pas dans les 400 millions $ ni les infrastructures urbaines et de transport.

Un scénario similaire se dessine à l'Enfant-Jésus. 

Les 500 millions $ nécessaires pour transformer le vieil Hôtel-Dieu sont exclus du budget. Pareil pour les laboratoires du Vieux-Québec laissés vacants par le départ de l'hôpital.

Les infrastructures routières et urbaines autour de l'Enfant-Jésus sont aussi exclues. Et allez savoir si l'achat d'équipement et le réaménagement de l'Enfant-Jésus seront vraiment imputés au budget officiel.

La réalité est que le coût public du projet Enfant-Jésus-L'Hôtel-Dieu est déjà supérieur aux 2,1 milliards $ évoqués cette semaine.

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