Le déclin des cigales à lunettes roses

Martin Coiteux invoque l'argument de l'équité entre générations... (Photothèque Le Soleil, Yan Doublet)

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Martin Coiteux invoque l'argument de l'équité entre générations pour revoir les paramètres des régimes, mais le changement brusque qu'il propose va aussi créer des inéquités.

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(Québec) Le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, martèle depuis l'automne le même discours sur le besoin de voir les retraites des employés de l'État.

Le RREGOP ne va «pas si mal», convient-il. Avec une capitalisation à près de 100 %, il serait malvenu de prétendre le contraire.

Mais dans une société vieillissante, des retraites à 60 ans, «ce n'est pas tenable à long terme», plaide-t-il.

Les retraités vivent plus longtemps; les rendements des fonds ont tendance à diminuer; il y a moins de cotisants dans les régimes et davantage de prestataires. 

Une prochaine crise financière aura plus d'impact que la précédente, prévoit-il. 

«Il ne faut pas avoir des lunettes roses.» Une correction s'impose pour éviter qu'explosent les cotisations des employés.

En 1997-1998, le gouvernement du PQ avait subventionné les départs hâtifs à la retraite pour atteindre le déficit zéro. 

Les libéraux disent au contraire vouloir garder les employés plus longtemps. Ils constatent cependant que les retraites hâtives sont encore subventionnées par des pénalités actuarielles qui ne couvrent pas les coûts réels. Ils proposent d'ajuster ces pénalités.

Des employés espèrent partir avant l'application des nouvelles règles, d'où une affluence accrue aux portes de la CARRA depuis le début 2015.

M. Coiteux cherche à minimiser. Une accélération des départs est possible, convient-il. Des gens qui avaient prévu partir en 2017 pourraient devancer de quelques mois.

Mais l'effet sera limité et temporaire. «Ça ne va pas affecter le profil sur cinq ans.» Peut-être pendant un an ou un an et demi. Ensuite, les gens vont cesser de devancer leur départ.

Par ses propos «inquiets» sur les retraites, M. Coiteux met la table pour les négociations avec les employés de l'État. C'est de bonne guerre.

On aurait cependant tort de n'y voir qu'une stratégie.

Ce que dit M. Coiteux, je l'ai entendu aussi à un récent colloque d'universitaires organisé par l'ENAP.

Un colloque indépendant d'esprit, si je puis dire. Ni patronal, ni syndical, ni péquiste, ni libéral.

J'y ai entendu de sévères critiques de la gestion des régimes de retraite depuis des décennies. 

Des gestionnaires ont essayé de faire croire qu'ils ont été victimes d'un «Act of God» : krach boursier, faibles taux d'intérêt, allongement subit de l'espérance de vie, etc.

On a compris depuis que la véritable cause était plus probablement l'imprudence (insouciance?) de ces gestionnaires. 

Ceux-ci ont pris des risques élevés, souvent à l'insu des participants et peut-être sans le savoir eux-mêmes.

Tout le monde, employeurs et syndicats, y trouvait son compte, jusqu'à ce que la réalité les rattrape et fragilise les régimes.

Les compagnies d'assurances, qui gèrent des risques similaires (vieillissement, rendements volatiles, etc.) ont pourtant mieux traversé la crise. 

La différence est dans la fable.

- Que faisiez-vous au temps chaud des surplus et des beaux rendements?

- Nuit et jour à tout venant, je flambais, ne vous déplaise.

La cigale des retraites a pris des congés, bonifié ses régimes, dépensé à mesure les surplus et fait des placements à risque comme si l'été n'avait pas de limite.

La fourmi-assureuse a fait le contraire : un conservatisme de tout instant, du capital en réserve plus que nécessaire et des marges de sécurité au cas où. 

Elle a partagé le risque qui pouvait rester avec d'autres assureurs.

«Des pantalons avec un bouton, une ceinture et des bretelles tenues à deux mains», a décrit la professeure d'actuariat Isabelle Larouche, de l'Université Laval.

«La cigale et la fourmi», a caricaturé Christian Rousseau de la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui l'a suivie au podium. 

Pendant que les régimes de retraite mettaient 60 % de leurs avoirs dans des placements à risque, les assureurs s'en tenaient à 15 %.

Résultat, les assureurs n'ont pas eu de mauvaise surprise et ont pu honorer leurs promesses, contrairement à plusieurs régimes de retraite. Parlez-en aux employés de la White Birch. 

La sécurité a cependant un prix. Le risque zéro pour les clients d'assurances se paie par des primes élevées.

C'est pareil pour des retraites. Pour garantir des primes, les retraites ne peuvent être à la merci des aléas de la Bourse. 

Il leur faut réduire leur risque et baisser les attentes de rendement; mettre plus d'argent de côté en haussant les cotisations.

Il y a cependant une limite. Des cotisations qui grimperaient trop vite seraient intenables pour les employés actuels et injustes pour les prochains. 

M. Coiteux invoque d'ailleurs l'argument de l'équité entre générations pour revoir les paramètres des régimes. On peut comprendre. 

La difficulté, c'est que le changement brusque qu'il propose va aussi créer des inéquités. 

Un couperet va tomber dans la file d'attente des retraites de l'État. Il y aura un «avant» et un «après» plus cher, plus tard et moins généreux. Pour ceux qui approchaient du but, ce sera frustrant.

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