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Au Québec, comme au Canada et en France d'ailleurs, le droit de grève des étudiants n'est pas enchâssé dans la loi.

La Presse Canadienne

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(Québec) Marc Simard a fait son doctorat en histoire à Concordia, sur l'attrait du fascisme chez les intellectuels ou «comment des gens rationnels, éduqués, sont attirés par une doctrine qui est irrationnelle, romantique».

Sujet fascinant, mais ce n'est pas pour ça que je l'ai rencontré.

Je l'ai rencontré pour donner la réplique à Vincent Fauque, ce chargé de cours de l'Université Laval qui a été visé par une injonction il y a une dizaine de jours, qui a donc été obligé de se présenter en classe. Il avait suivi son plan de cours, parlé de démocratie, de droits collectifs et individuels.

Il avait laissé ses étudiants avec deux questions:

1. «Dans une société qui fait du principe démocratique le pilier de son fonctionnement social, quels droits doivent primer? Les droits individuels ou les droits collectifs?»

2. «Peut-on considérer que la situation actuelle du Québec, où des gens s'efforcent de faire valoir un droit individuel sur un droit collectif par des mesures coercitives, manifeste un cas de violence structurelle?»

J'ai reçu un déluge de courriels, des «pour», plus de «contre». Je leur ai promis de poser une troisième question : «est-ce que la démocratie étudiante est digne de ce nom»? Un lecteur m'a suggéré de poser la question à M. Simard.

Ça tombe bien, M. Simard a aussi réagi aux propos de M. Fauque. «Je grince un peu des dents quand je l'entends parler de la "violence" des tribunaux d'ici qui rendent des injonctions fondées sur le respect des droits individuels. Les droits individuels, madame Moisan, sont le rempart contre les dérives du collectivisme que M. Fauque semble tant chérir.»

Je l'ai invité à prendre un café.

M. Simard a enseigné l'histoire pendant presque 40 ans au Cégep Garneau, il vient tout juste de prendre sa retraite. Il a publié en 2013 un ouvrage fouillé sur Le mouvement étudiant québécois, de 1956 à 2013, des trois Braves aux carrés rouges. Il a recensé toutes les grèves, leurs motivations, leur issue.

Il connaît son sujet.

Il a lui-même fait la grève en 1975, alors qu'il faisait son baccalauréat en histoire à l'Université Laval, il réclamait un enseignement de meilleure qualité. «On a obtenu des améliorations, pas toutes. On n'a jamais tout.»

Cette grève, comme toutes les autres avant et après, n'était pas légale, un camarade de classe aurait pu demander une injonction à un juge, l'aurait probablement obtenue. Au Québec, comme au Canada et en France d'ailleurs, le droit de grève des étudiants n'est pas enchâssé dans la loi.

La loi qui régit les associations étudiantes a été adoptée en 1983. Claude Ryan, qui était député libéral à ce moment-là, s'inquiétait déjà que le Québec ne clarifie pas cette question-là. Qu'a dit Ryan, lors d'un débat au Salon bleu? On «ouvre la porte à des injonctions et à des contestations de toutes sortes qui mettront bien plus de désordre et d'instabilité qu'elles n'apporteront de solutions».

Il avait vu venir 2012, Laurent Proulx, 2015, le bordel à l'UQAM.

En 2012, à travers le concert de casseroles, de nouvelles voix se sont élevées pour qu'on accorde aux étudiants le droit de faire la grève. L'opposition péquiste s'égosillait, réclamait à cor et à cri que le gouvernement Charest légifère. Quand le PQ a été élu, il a fait comme tous les gouvernements avant, rien.

Et rebelote cette année.

Marc Simard est «connu comme quelqu'un de droite», il implore le gouvernement de légiférer. «Il faut accorder aux étudiants le droit de faire la grève, en l'encadrant. C'est un fait, les étudiants font la grève, ils l'ont toujours fait. Le fait de ne pas reconnaître ce droit entraîne forcément les problèmes judiciaires qu'on connaît, parce que ça enfreint le droit à l'éducation.»

Pour qu'une grève soit légale, le scrutin devra être secret, première affaire de toutes, ce qui disqualifie la méthode Cégep du Vieux-Montréal, où on a tenu trois votes à main levée, jusqu'à ce que la grève soit acceptée. Le vote devra se faire par Internet, pendant 48 heures, pas dans une salle bondée, trop petite.

Des associations étudiantes fonctionnent déjà comme ça.

Et, après ça, explique M. Simard, le droit collectif de faire la grève pourra suspendre temporairement le droit à l'éducation. «C'est sûr qu'il va toujours y avoir des gens brimés, il y aura toujours des droits individuels qui seront brimés, mais si l'encadrement des droits collectifs est bien fait, ces gens-là devront avaler leur pilule.»

Qu'est-ce que Vincent Fauque disait, déjà? Vivre en démocratie, «c'est accepter le vivre ensemble, c'est accepter de vivre avec des décisions qui ne font pas toujours notre affaire». Les deux profs s'entendent là-dessus.

Pour M. Simard, pas question de limiter les raisons pour faire la grève, même si, historiquement, la mobilisation a toujours été plus importante quand ça touche directement à la pécune des étudiants. «Ça serait paternaliste de limiter les motifs de grève. Les étudiants ont le droit de s'indigner et de vouloir changer la société.»

Le ministre François Blais a fait son nid cette semaine, après le grabuge à l'UQAM. «Nous ne reconnaissons pas le droit de certaines personnes, même à la suite d'un processus démocratique, quel qu'il soit, d'empêcher d'autres personnes d'étudier.» Il a aussi dit qu'il était prêt à en discuter, on verra bien.

Parce ce que c'est ça, aussi, vivre en démocratie: s'asseoir ensemble et se parler.

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