Petit poisson deviendra grand

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(Québec) Alors ça y est, roulement de tambours, j'ai finalement reçu les chiffres pour le projet informatique D20.

Je vous en parlais le mois dernier, je vous racontais comment je me sentais comme un poisson qu'on essayait de noyer, quand on m'a offert de payer 50 000 $ pour avoir accès à 142 000 pages de documents produites pour ce seul projet, en six ans. J'ai dû faire une autre demande, plus floue, pour obtenir l'information.

J'avais demandé le premier rapport d'étape de 2009, quand le projet a été lancé, je voulais connaître le budget, l'échéancier.

Il n'y avait pas de rapport d'étape, en fait si, mais le document ne portait pas ce nom-là. J'ai reformulé ma demande, «un document faisant état des premières analyses de coûts et de délais du projet D20 (MOSAIC), au tout début, en 2009». Bingo. J'ai reçu ce que je cherchais, le 1er avril.

Parlant de poisson, justement.

J'ai discuté avec le sous-ministre adjoint, Frédéric Guay, responsable du projet, il m'a expliqué que pour trouver ce qui ressemblerait à un rapport d'étape, «il aurait fallu passer au travers des 142 000 pages de documents». Mais pour trouver un document quelconque, qui s'appelle «dossier d'affaires», ça va.

Ça arrive souvent, quand on fait une demande d'accès à l'information, d'avoir l'impression qu'on joue sur les mots.

Toujours est-il que j'ai finalement reçu ce que j'ai demandé, quelques centaines de pages où on explique en long et en large le projet D20, qui doit remplacer INFRA, un système précambrien programmé en Fox Pro, qu'on n'enseigne plus depuis belle lurette aux étudiants en informatique.

Le système date de 1994. En 2000, on commençait déjà à réfléchir à son remplacement. Vingt ans plus tard, on y est presque. Le nouveau système a commencé à être implanté en décembre, le reste devrait être fait d'ici le début de 2016. Le tout aura coûté une trentaine de millions de dollars.

On en prévoyait combien au début? Dix-sept. On planchait sur «un scénario de conception hybride» où on comptait récupérer des systèmes qui existaient déjà dans des ministères. La formule avait tous les avantages, si on se fie au dossier d'affaires, entre autres de ne pas avoir à réinventer une roue qui tournait assez bien ailleurs.

INFRA, lui, tenait par la peau des dents. Le système était non seulement désuet, mais il menaçait de rendre l'âme à tout moment. La compagnie n'offrait plus de soutien, le gouvernement fonctionnait avec une copie qu'avait conservée un consultant qui travaillait à l'entretien du système.

On a fini par engager le fameux consultant, en espérant qu'il ne tombe pas malade, qu'il ne parte pas avec sa précieuse copie. Et on gérait comme ça des milliards de dollars de subventions dans le monde municipal, octroyés en vertu d'une quinzaine de programmes, chacun comportant des échéances et des modalités différentes.

De 2000 à 2009, on a changé trois fois de solutions de rechange, D11 est devenu ADÈLE, qui est devenu D16, qui est devenu D20. En 2009, le ministère des Affaires municipales a dû céder le projet au Centre des services partagés du Québec, où on a, faute d'appuyer sur l'accélérateur, appuyé sur le crayon.

On s'est empressé de dépenser quelques millions pour des serveurs sans savoir quand ils allaient servir.

En 2012, D20 est devenu MOSAIC. C'est à ce moment-là que le budget a doublé, que les échéances, qui étaient fixées à 2014, ont été repoussées. «On est arrivé à la conclusion que la réutilisation des systèmes allait être plus onéreuse que de faire un système autonome. À partir de là, on a défini le nouveau projet.»

Il aura donc fallu 12 ans uniquement pour savoir où on s'en allait.

M. Guay a pris les rênes du projet en 2011, il a négocié le virage entre D20 et MOSAIC. «Quand on a décidé de changer pour MOSAIC, il y avait 11 millions qui avaient été investis, on a pu récupérer 70 % de ce qui avait été fait.» On a perdu30 %, un peu plus de 3 millions $ dont on ne reverra pas la couleur.

M. Guay ne s'en étonne pas. «Sur un budget de plus de 30 millions [à terme], c'est une marge d'erreur normale.»

Même chose pour la quantité de documents produits. «Quand on a reçu votre première demande d'accès à l'information, on a arrêté de compter à 142 000 pages. Il y en a plus que ça. Et je vais vous dire, s'il n'y avait pas 142 000 pages de documents, je serais inquiet. Chaque fois qu'on appuie sur un bouton, sur une commande, il y a un document qui produit. Toutes les étapes sont documentées. Pour un projet comme ça, c'est dans les standards.»

Je n'ai pas de raisons d'en douter. Je me suis fait expliquer, par une autre personne qui s'y connaît bien, que pour huit techniciens qui programment, il y a entre deux et quatre personnes qui brassent du papier. Ou des documents électroniques. Entre 7 et 14 millions sur un budget de 34 millions $.

Je continue à trouver que ça fait beaucoup.

Mais qui suis-je pour en douter, moi qui ne connais rien en informatique? Pas plus, remarquez bien, que certains gestionnaires qui pilotent le dossier.

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