Le droit d'abstinence étudiant

Un manifestant masqué peinturant une caméra lors de... (La Presse, Patrick Sanfaçon)

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Un manifestant masqué peinturant une caméra lors de l'occupation de l'UQAM, mercredi. Les gestes posées par les casseurs lors de cette journée ont terni l'image du mouvement de mobilisation étudiante.

La Presse, Patrick Sanfaçon

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(Québec) Mauvaise semaine pour le mouvement de mobilisation étudiante dont l'image a été amochée.

Comme celle des employés de Montréal l'été dernier au lendemain du saccage de l'hôtel de ville.

L'occupation violente de l'UQAM a fait l'unanimité contre elle et commandait l'intervention des forces de l'ordre.

L'UQAM est peut-être une exception atavique, mais il n'y a jamais de sympathie pour le vandalisme, les cagoules et l'intimidation. Cela discrédite la cause, pour autant qu'on puisse en reconnaître une dans le fatras de ce printemps raté.

Les casseurs n'étaient sans doute pas tous de «vrais» étudiants. On finira par avoir l'heure juste. Ce n'est pas comme dans les jardins de l'Hôtel-de-Ville de Québec!

Mais étudiants ou pas, ça ne change rien. Les limites de l'acceptable ont été clairement dépassées à l'UQAM, et un coup de barre (je n'ai pas dit matraque) s'imposait.

À l'autre bout du spectre, celui de l'humour, la vidéo virale de Guy Nantel a aussi un effet dévastateur sur les perceptions du mouvement étudiant.

Le vox pop de manifestants incapables de définir le mot austérité ou de nommer le ministre de l'Éducation à qui ils souhaitent passer un message était à la fois irrésistible et lamentable.

En fin d'après-midi hier, la vidéo avait été vue plus de 900 000 fois.

On peut critiquer la mise en scène facile qui ne retient que les mauvaises réponses et met en évidence les cancres. Cela déforme la réalité et n'a de véritable valeur que celle de faire rire.

Reste qu'au-delà de l'anecdote, il est manifeste que des étudiants gagneraient à aller s'instruire dans leurs salles de classe plutôt qu'à les bouder.

À défaut de revendications claires sur le fond, le débat a fini par glisser vers un enjeu collatéral.

Faut-il reconnaître aux étudiants un vrai «droit de grève» et l'encadrer par de meilleures balises démocratiques?

La question a été soulevée pour la première fois lors des manifestations de 2012.

Jusque-là, un «droit de grève» étudiant était implicitement accepté par tous, malgré l'absence d'assises légales.

Les étudiants qui n'y étaient pas favorables se pliaient au vote de la majorité; les institutions emboîtaient le pas en décrétant des «levées de cours». Je n'ai pas souvenir qu'on débattait beaucoup alors de la mécanique des votes.

Les choses ont commencé à changer en 2012 lorsque des étudiants ont opposé à ce «droit de grève» le droit individuel de recevoir les cours payés et l'obligation pour les institutions d'honorer leur contrat en donnant ces cours.

Les tribunaux ont depuis reconnu ce droit et accordent des injonctions. Ce fut le cas cette année.

***

Sans trébucher dans les nuances juridiques, retenons que la Charte reconnaît aux étudiants le droit d'association.

Cela se traduit en outre par un monopole de représentation, un droit à un local et à des tableaux d'affichage, etc.

La liberté d'expression leur est évidemment reconnue, ce qui inclut le droit de s'absenter des cours, de manifester et de dresser des piquets de grève.

Cela donne-t-il le droit de bloquer l'accès d'autres étudiants, d'empêcher la tenue des cours ou de troubler la paix publique?

C'est ici que le débat s'engage. Pour ma part, j'ai toujours compris que la liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres. Les tenants de la «grève obligatoire pour tous» semblent parfois l'oublier.

***

Des associations étudiantes voudraient que leur soit reconnu un véritable droit de grève, comme dans le Code du travail. (Sans en avoir les contraintes sur la tenue de votes secrets).

On peut trouver certaines similitudes entre une association étudiante et un syndicat : l'idée d'une représentation collective auprès du gouvernement, d'employeurs ou d'institutions locales; le recours à des moyens de pression pour promouvoir une cause.

Là s'arrête la comparaison. Les étudiants sont peut-être de «jeunes travailleurs intellectuels», comme l'ont fait valoir les pionniers des luttes étudiantes. Mais ils ne fournissent pas de prestation de travail. On peut difficilement parler de grève.

Pas certain que le mot boycottage qu'on propose à la place convienne beaucoup mieux. On ne parle pas ici d'ignorer un produit, une marque ou des interlocuteurs.

Je dirais «renonciation» ou «abstinence».

***

J'étais étudiant en littérature et gravitais autour de l'association. C'était en 1981 ou l'année d'avant.

Je me souviens d'une conversation animée avec un ami qui présidait l'association. Il songeait à appeler un vote de grève générale. C'était dans l'air du temps, j'imagine.

- Pourquoi la grève? Et la grève pour avoir quoi? lui avais-je demandé.

- On décidera après le vote, avait-il répondu. La grève d'abord, les revendications ensuite. Le monde à l'envers. Déjà.

Je ne pourrais dire si notre conversation y fut pour quelque chose, mais il n'y a pas eu de vote ce printemps-là. Nous avons terminé l'année sans conflit en vaquant aux choses sérieuses.

Le financement des associations étudiantes n'était alors pas clairement établi. On finançait là notre part des partys où on vendait la bière 25 cents.

C'est vous dire la hauteur de mon âge et celle des piles de verres en plastique sur les tables ces soirs-là.

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