Pierre Céré: un ancien «king» de l'occupation

Les médias, qui prédisaient le retrait de Pierre... (La Presse, Bernard Brault)

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Les médias, qui prédisaient le retrait de Pierre Céré de la course par manque d'appuis et de financement, ont été unanimes pour signaler l'importance de sa participation.

La Presse, Bernard Brault

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(Québec) De l'avis de plusieurs observateurs, Pierre Céré* a été la découverte de la course à la direction du Parti québécois. D'abord parce qu'on ne le connaissait pas vraiment, ensuite parce que personne ne croyait qu'il aurait les appuis nécessaires pour être candidat.

Pierre Céré en compagnie de l'ancien chef du... (Photo fournie par Pierre Céré) - image 1.0

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Pierre Céré en compagnie de l'ancien chef du NPD, Jack Layton

Photo fournie par Pierre Céré

C'est sa prestation au débat du 29 janvier, à l'Université de Montréal, qui l'a lancé. Les médias, qui prédisaient son retrait de la course par manque d'appuis et de financement, ont été unanimes à signaler l'importance de sa participation. C'est lui qui a mis Pierre Karl Péladeau dans l'embarras en demandant si Québecor avait déjà utilisé des paradis fiscaux. Et c'est lui qui a reproché aux anciens ministres du cabinet de Pauline Marois de ne pas avoir respecté leurs engagements.

Il fallait qu'il soit de la course! Encouragé par la réaction des médias, Céré a prêté 5000 $ à son organisation, concrétisant ainsi sa volonté de continuer. Aujourd'hui, il dit avoir recueilli les appuis financiers nécessaires pour verser au parti, avant le premier tour de scrutin, les 10 000 $ nécessaires pour valider sa candidature.

Tout à l'opposé de Pierre Karl Péladeau, Pierre Céré est le plus à gauche et probablement le moins bien nanti des candidats. Pas de fortune personnelle et même pas de fonds de pension pour ses vieux jours. Il dit faire confiance à la vie.

Il faut dire que le parcours de vie de Pierre Céré n'en a pas été un de grande sécurité financière.

Un enfant du privé

Aîné d'une famille de quatre enfants, il a vu le jour à Rouyn-Noranda en 1959, d'une famille modeste. Son père a travaillé dans les mines avant qu'un accident de travail l'envoie au chômage, et l'amène ensuite à devenir opérateur de machinerie lourde. Sa mère était professeure.

Malgré un milieu très modeste, Céré a fait ses quatre années d'études secondaires au privé, au Séminaire Saint-Michel de sa ville natale. Il est passé ensuite au secteur public.

Il y avait déjà de la graine de contestataire chez le jeune Céré. En quittant le séminaire, il a signé un éditorial pour dénoncer les écoles privées dans le journal étudiant La pilule, dont il était le rédacteur en chef.

Céré ne s'est pas rendu jusqu'à l'université. Il a décroché à la fin du cégep, pour joindre un tout nouvel organisme visant à aider les travailleurs au chômage à obtenir l'assurance emploi ou à faire appel devant les tribunaux administratifs. Le groupe n'avait pas d'argent. C'est le premier évêque de Rouyn-Noranda, Jean-Guy Hamelin, un ancien prêtre de la CSN, qui leur a permis de démarrer avec un chèque de 500 $.

Les «kings» de l'occupation

C'est ce premier engagement pour les travailleurs qui déterminera la suite des choses pour Céré. Il quitte son Abitibi natale en 1982, pour prendre la direction du Regroupement des chômeurs et chômeuses du Québec. Ce travail l'amène à coordonner la Grande Marche pour l'emploi du 28 mai 1983, une initiative appuyée par les centrales syndicales et des groupes sociaux, pour réclamer des politiques d'emplois.

Même si ce poste financé par les syndicats lui assure un salaire décent pour la première fois, de sa vie, il part en 1984 pour joindre le Regroupement autonome des jeunes (RAJ), une association qui réclamait la parité dans l'aide sociale. «L'occupation de la Bourse de Montréal... on était les kings de l'occupation à l'époque. Beaucoup d'actions d'éclat, il y avait là toutes les familles politiques de gauche, d'extrême gauche, féministes radicalisées, puis anarcho-machin, il y avait vraiment de tout, là-dedans. C'était une espèce de mosaïque absolument hallucinante. J'oserais dire un peu l'ancêtre de ce que représente aujourd'hui l'ASSE.»

Ce n'était pas un militantisme de riches. «Les budgets qu'on avait à l'époque, c'était tellement misérable qu'on travaillait en étant prestataires de chômage. On pouvait travailler 10 semaines puis recevoir 42 semaines de prestations. Tu ne vis pas riche, puis en vieillissant, en recevant tes relevés de la Régie des rentes du Québec, tu t'aperçois que quand tu vas être vieux, tu ne seras pas riche. Alors, y'a eu beaucoup d'insécurité économique tout le long, mais ça ne m'a jamais insécurisé.»

À l'approche de la soixantaine, Céré dit comprendre ce que c'est la pauvreté : c'est «45 % des gens de 65 ans et plus qui ont besoin du supplément de revenu garanti».

Malgré tout, il n'a pas de regrets. «J'ai 56 ans, je n'ai pas de fonds de pension, j'ai toujours fait confiance à la vie, j'ai élevé deux enfants, dont je suis très fier, et je suis propriétaire de ma maison que j'ai eu la chance d'acheter pour pas très cher. Je n'ai jamais été riche, mais je n'ai jamais manqué de rien. J'ai fait confiance à ce qui se présenterait et je continue à faire confiance. Mais en même temps, je gère mes affaires.»

Il raconte qu'il lui a fallu attendre jusqu'en 2008 pour réaliser un de ses vieux rêves : amener sa mère en France. «C'est la première fois que je mettais les pieds en France. Là, je voyage plus, parce que mes enfants sont rendus grands et que j'ai plus de marge financière.»

L'Amérique latine

Mais bien avant la France, il y a eu l'Amérique latine. En 1987, Céré part pour un an : direction Mexique, Salvador, Chili. Des pays en pleine mouvance révolutionnaire. «Je me suis enfargé les pieds au Chili», raconte-t-il en allusion à la rencontre de celle qui allait devenir la mère de ses enfants, Marcella. Elle venait tout juste de recouvrer sa liberté après cinq ans et demi dans les prisons de Pinochet. Pendant quatre ans, il fait une série d'allers-retours entre le Québec et le Chili, où il tente en vain de s'établir en 1991, avec l'intention d'y vivre. Incapable de s'y faire une place, il rentre finalement au pays en 1992 et décroche un emploi à la CEQ. Quatre ans plus tard, il retourne à ses anciennes amours au sein du Comité Chômage de Montréal. Le taux de sans-emploi n'est plus celui des années 80, mais la transformation du monde du travail et tout particulièrement la multiplication du travail atypique a créé de nouveaux besoins.

L'appel de Marois

C'est à l'automne 2013 que la politique lui ouvre une porte. Pauline Marois lui demande d'être candidat dans Laurier-Dorion en vue des prochaines élections. «J'ai refusé, mais finalement je me suis laissé séduire.»

Lorsqu'il débarque dans sa circonscription, c'est le chaos. Les pancartes électorales sont en retard et l'installation des lignes téléphoniques accuse une semaine de retard. C'est cette bataille, qu'il a perdue, qui le convainc de se présenter à la direction du parti. Son petit groupe, qui comprend notamment Antonio Flamand, «veut participer au débat des idées». Son premier défi a été «d'être pris au sérieux», un défi qu'il estime avoir relevé dès le premier débat.

Il faut avoir un certain ego pour se lancer dans une telle aventure. «Le mien n'est pas démesuré, assure Céré. J'ai le piton de la culpabilité bien développé.»

Et qu'est-ce qui active ce «piton de la culpabilité»?

«Parfois, c'est de ne pas avoir livré les choses promises. Je me fixe la barre très haute.»

Ne serait-il pas plus à l'aise au sein de Québec solidaire? «On ne bâtit pas un pays uniquement avec du monde de gauche», répond-il.

Et cet homme de gauche fait-il ce qu'il prêche? «Nous avons un devoir de cohérence», dit-il, en rappelant une fois de plus son «piton de la culpabilité».

Et les hydrocarbures? Il roule en vélo l'été... mais confesse utiliser son auto pendant l'hiver. «C'est honteux n'est-ce pas?» dit-il, en guise d'autodérision.

Restera-t-il au PQ, quoi qu'il arrive sous le nouveau chef? Oui.

*Les membres en règle du Parti québécois choisiront leur nouveau chef à la mi-mai. Si aucun des candidats n'obtient 50 % des voix au premier tour de scrutin, les militants voteront à nouveau une semaine plus tard. À compter d'aujourd'hui et tous les mardis, Gilbert Lavoie nous présentera ces candidats dans l'ordre suivant : Pierre Céré, Alexandre Cloutier, Bernard Drainville, Martine Ouellet et Pierre Karl Péladeau.

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