Autour d'un thé pakistanais

Tayyab et Sarah participent à l'initiative canadienne «Rencontrez... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Tayyab et Sarah participent à l'initiative canadienne «Rencontrez une famille musulmane» organisée par une communauté, Ahmadiyya, qui a eu l'idée de jouer les entremetteurs.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) J'avais rendez-vous pas très loin de l'avenue Myrand, un couple musulman qui invite chez lui des non-musulmans.

Pour voir, pour parler. 

Pour faire contrepoids à tout ce qu'on entend, dans les médias surtout, sur les musulmans qui sont ci, qui font ça, qui menacent de mettre des bombes et de faire sauter notre belle civilisation. C'est une porte ouverte sur la culture de l'autre qu'on ne comprend pas toujours, et ça va dans les deux sens.

Tayyab et Sarah étudient au doctorat à l'Université Laval, elle en systèes d'information, lui en génie électrique. Ils ont un garçon qui vient d'avoir deux ans, il courait partout et regardait Thomas le petit train à la télévision.

Tayyab vient du Pakistan, Sarah du Maroc, ils se sont rencontrés à Paris.

L'autre couple est arrivé à l'heure, un Québécois pure laine, pour ce que ça veut dire, et sa femme, une Franco-Mexicaine d'origine chinoise. Ils avaient emmené leur garçon, presque du même âge que l'autre. Il courait partout, s'est planté devant la télévision pour regarder Thomas le petit train

Les deux gamins étaient déjà amis. Tayyab a dit: «Les enfants ont un langage universel», il se perd en vieillissant.

Les hommes se sont mis à jaser de réseaux sans fil, de connexions Internet et de bidules électroniques pendant que les femmes s'amusaient avec les enfants en parlant de Paris, des arrondissements où elles avaient habité. 

Sarah a retrouvé à Québec une chose qu'elle adorait de Paris. «Il y a une liberté de parole, de pensée», c'est peut-être moins vrai aujourd'hui dans la France de l'après-Charlie. Elle s'ennuie du métro, du transport en commun, n'en revient pas combien le réseau d'autobus à Québec est inefficace.

Les quatre étaient d'accord là-dessus, comme sur la nécessité pour Québec de voir plus loin que le bout de son nez. Le pure laine en avait long à dire. «Le Wi-Fi partout, c'est bien beau, mais ce n'est pas un projet structurant. La ville s'est proclamée ville intelligente, mais il faut quelque chose de plus innovateur.»

Sarah est allée à la cuisine préparer le thé, comme on le boit au Pakistan, avec du lait, de la cannelle et de la cardamome.

Histoire de cricket

Elle et Tayyab ne s'entendent pas sur une chose, le cricket. Il adore, elle déteste. Elle trouve ça long, ennuyant, il ne s'en lasse pas. Il a même joué pour le Canada dans un tournoi au Royaume-Uni, un vrai mordu. Le pure laine lui a suggéré de regarder La grande séduction, il va aimer.

Sur le cricket, Tayyab est intarissable. 

«Savez-vous quels sont les deux premiers pays qui ont participé au premier match international?»

Personne ne le savait.

«Le Canada et les États-Unis.»

C'était en 1844.

«Savez-vous qui a gagné?»

Les autres ont donné leur langue au chat. C'est le Canada qui a gagné. Tayyab a raconté que le cricket était très populaire au Canada dans ce temps-là, un héritage de la colonisation britannique, à tel point que le premier premier ministre du pays, John A. Macdonald, en a fait le sport national.

Tayyab m'a appris une chose sur le Canada que je ne savais pas. Pas que je connais tout de ce pays, mais, allez savoir pourquoi, on reste toujours un peu surpris lorsque quelqu'un qui n'est pas d'ici nous en apprend. 

En dégustant des baklavas, ils ont parlé de terrorisme et d'intégrisme. «L'islam est sous les projecteurs, constate Tayyab. Ces gens font des choses horribles au nom de l'islam, c'est comme un détournement de notre religion. Ce qu'ils font n'a rien à voir avec l'islam. Pour se comprendre, il faut se parler...»

C'est pour ça qu'ils ont participé à l'initiative canadienne «Rencontrez une famille musulmane» organisée par la communauté Ahmadiyya, qui a eu l'idée de jouer les entremetteurs. 

Chacun y trouve son compte. «Le plus épeurant pour les femmes, c'est le voile, elles pensent que je suis opprimée. Ça ne m'arrête pas, ça ne m'empêche pas de faire quoi que ce soit, d'étudier, de travailler, de voir des amis, mais c'est parfois difficile à expliquer.» C'est un peu pour ça qu'elle invite des étrangers chez eux. «Les musulmans à Québec ne sont pas très bavards, ils ne veulent pas avoir de problèmes.»

Et ils ont peur. La mère de Sarah, qui habite toujours au Maroc, a tenté de la dissuader : «Ne fais pas ça, quelqu'un pourrait venir te tuer.» Sarah l'a rassurée comme elle a pu. «Mes amis m'ont dit, fais attention avec ce projet-là, la police va te suivre, ils vont dire que tu es djihadiste.»

«Les trois djihads»

Nous y voilà, le djihad, le nom de cette guerre qu'on dit sainte. «Nous croyons au djihad, tranche Tayyab. Ce qu'il faut savoir, c'est qu'il y a trois djihads, et le premier est le plus important. C'est la lutte contre soi, c'est d'avoir le contrôle de ses émotions, de sa colère, c'est d'arriver à s'autodiscipliner.»

Le deuxième djihad, c'est de communiquer avec l'autre, le troisième, l'autodéfense. «C'est là où il y a un malentendu. Ce que ça dit, c'est que si quelqu'un t'empêche de pratiquer ta religion, tu as le droit de te battre pour pouvoir la pratiquer.» C'est dans ce djihad que se drapent les terroristes de l'État islamique et d'Al-Qaida.

Sarah nous a raconté une petite anecdote, c'était il y a quelques années, à Paris. «J'étais dans une boulangerie, j'ai commandé un sandwich au poulet, et deux gars m'ont insultée: "Qu'est-ce que tu fais? Ce poulet n'est pas halal." Et ils m'ont dit que je n'étais plus digne d'être musulmane.»

Les fous d'Allah fréquentent aussi les boulangeries.

Tayyab et Sarah n'ont pas de solution, à part de se parler. «Ils sont des extrémistes religieux. Nous pouvons combattre les terroristes, mais nous ne pouvons pas nous battre contre le terrorisme avec des armes. Nous ne pouvons pas combattre une idéologie avec des armes.»

Il a dit «nous».

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