Papa a toujours raison

Bien des choses sur la démocratie étudiante pourraient... (Photo Le Soleil, Erick Labbé)

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Bien des choses sur la démocratie étudiante pourraient être clarifiées en légalisant le droit de grève des étudiants en échange d'un encadrement précis.

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(Québec) Non, Papa n'est pas content. Si ça continue, il va se fâcher tout rouge.

Ces jours-ci, des milliers d'étudiants font la grève et Papa trouve leurs critiques injustes. Très ingrates, aussi.

Parce qu'au fond, sous ses apparences un peu chiches, Papa cache un coeur d'or. Parlez-en aux élus libéraux de l'Assemblée nationale, qui touchent tous une prime quelconque pour augmenter leur salaire. Parlez-en à l'ex-ministre Yves Bolduc, qui empoche 150 000 $ pour un départ volontaire. Parlez-en à l'ex-pdg Thierry Vandal, qui encaisse 450 000 $ pour claquer la porte d'Hydro-Québec...

Chacun doit faire sa «juste» part, répète Papa. Ça tombe bien, puisque c'est lui qui fait la distribution. N'écoutant que sa générosité, il a refilé 1100 $ par jour au fiscaliste Luc Godbout, pour présider une commission sur la fiscalité du futur. Et il n'a pas trop cherché à savoir comment le ministre Jean D'Amour a réussi à dépenser 228 000 $ pour aménager son bureau de circonscription.

D'ailleurs, qui sont les grévistes, sinon des jaloux qui voudraient jouir des petites douceurs réservées aux amis de Papa?

Pourtant, les règles du jeu semblent claires. Les amis de Papa sont les marteaux. Les autres sont les clous.

C'est pas une raison pour perdre la tête...

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Non, vraiment, Papa n'en revient pas de voir des étudiants qui font la grève contre l'austérité et les hydrocarbures.

Ils vont s'arrêter quand? Lorsque toutes les voitures vont rouler au jus d'orange?

Faut dire que Papa n'a jamais éprouvé une sensibilité exagérée pour les tits oiseaux et les caribous des bois. Pendant des mois, il trouvait génial d'implanter un port pétrolier dans une pouponnière de bélugas, à Cacouna.

Il est vrai que le projet se situait «en région». Le genre de racoin de pays qui n'intéresse Papa que lors de l'ouverture de grosses usines. Et puis, Papa ne cache pas son faible pour les pétroliers. On ne peut pas empêcher un coeur d'aimer, pas vrai?

Entre nous, Papa voit un tas de bonnes raisons pour se méfier des grévistes. À son avis, les leaders étudiants ne disent pas tout. Papa croit même qu'il s'agit d'anarchistes qui camouflent leurs véritables objectifs.

Au Québec, Papa dit qu'il ne faut jamais cacher son vrai visage. Encore moins mentir à la population. Sauf si on fait partie du gouvernement. Parce que là, ce n'est pas pareil. Ça ne compte pas.

Durant la dernière campagne électorale, Papa s'est bien gardé d'annoncer ses futures politiques d'austérité. Mais qu'est-ce que ça prouve? Plus tard, le ministre des Finances, Carlos Leitão, a même expliqué que les promesses électorales ne sont pas des promesses. Seulement des «objectifs».

Alors, s'il vous plaît, ne dites pas que Papa est un menteur. Ça lui cause du chagrin. Après tout, si vous commettez des gaffes, est-ce que cela fait de vous un gaffeur? Et si vous racontez des salades, est-ce que cela fait automatiquement de vous un agriculteur?

Cet automne, alors que les ministres multipliaient les bévues et les initiatives saugrenues, on disait que la phrase la plus effrayante de la langue française était devenue : «Bonjour, je suis un ministre du gouvernement du Québec et je viens d'avoir une bonne idée.»

Inutile de dire que Papa ne riait pas très fort.

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D'une manière générale, Papa trouve les grévistes irrespectueux. Le respect, Papa répète qu'il ne faut pas rigoler avec cela.

Sauf peut-être quand le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, fait des bruits de poule pendant qu'une députée de l'opposition pose des questions.

Tout le monde peut lâcher son fou de temps en temps, non?

Au besoin, de toute manière, Papa et ses amis se retranchent derrière «l'État de droit». Ils dénoncent «la violence, l'intimidation et la confusion» qui assombriraient la démocratie étudiante.

À chaque fois, Papa oublie juste de préciser qu'il avait le pouvoir de clarifier les choses. Disons en légalisant le droit de grève des étudiants, en échange d'un encadrement précis (vote secret, participation minimale, etc.).

Peu importe. Car Papa n'a rien fait. Tout en haut de la chaîne alimentaire, il savait que le temps travaillait pour lui. Un exemple? À Québec, trois ans plus tard, le recours collectif intenté par 80 personnes, arrêtées sur la Grande Allée, le 27 avril 2012, n'a pas encore fini d'être examiné.

C'est ce qu'on appelle un système de justice neutre, en ce sens qu'il se trouve souvent au point mort.

Papa a toujours raison, un point c'est tout.

La dernière histoire à la mode décrit un Papa très pressé, qui réserve un petit avion à la dernière minute, à l'aéroport.

Arrivé sur les lieux, Papa s'engouffre dans l'appareil et il ordonne au pilote de décoller. Ce dernier s'envole aussitôt, en zigzaguant de manière inquiétante.

Papa n'a rien remarqué. Il fouillait frénétiquement dans son porte-document.

«Où allons-nous? finit par demander le pilote, de plus en plus crispé.

- Comment, tu ne m'as pas reconnu? s'étonne Papa. Je veux me faire conduire au pays du déficit zéro, vers le paradis du privé, où je pourrai enfin serrer la main invisible du marché.

Le pilote se tourne alors vers Papa, d'un air effrayé.

- Vous voulez dire que vous n'êtes pas mon instructeur?»

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