La police du pire

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(Québec) Ce n'est pas le chef de police qui a tiré à bout portant la poudre au visage de la manifestante. Je suis certain qu'il n'est pas heureux lui non plus de ce qu'il a vu sur la vidéo d'Impact Campus.

Mais c'est le chef, avec son état-major, qui fait le choix des stratégies face aux manifestations.

Celui, par exemple, de coffrer les manifestants qui ne donnent pas leur itinéraire sans égard à la menace réelle sur le terrain.

Cette stratégie a un effet provocateur, mène à des affrontements inutiles et aux dérapages qui s'ensuivent. L'inacceptable bavure de jeudi aura un effet stimulant et fournit aux manifestants un motif de plus d'être dans la rue. Comme si les motifs de ce printemps 2015 n'étaient pas déjà assez confus.

Le service de police confirme n'avoir reçu aucune plainte pour vandalisme ou méfait lors des manifs de cette semaine.

Je n'y étais pas, mais je comprends que celles-ci étaient pacifiques jusqu'à ce que la police s'en mêle.

Illégales? C'est possible.

La règle veut que les manifestants fournissent à l'avance leur itinéraire, ce qu'ils auraient refusé mardi soir, ce qui s'est soldé par 274 arrestations.

Pour ce qui est de jeudi devant le parlement, les participants ont été encerclés par la police avant même d'avoir pu penser à un itinéraire.

C'est peut-être ce qui explique que malgré la vigueur (violence?) de l'affrontement, il n'y a eu qu'une seule arrestation.  

L'existence d'une règle est nécessaire. La police a besoin d'outils pour intervenir au besoin.

Mais rien ne l'oblige à appliquer toutes les règles. Il est possible (et souhaitable) d'exercer son libre arbitre. En laissant aller, par exemple, une manif qui ne menace pas la sécurité publique plutôt que de courir après l'affrontement.

Je ne dis pas que les policiers ont tous les torts. Dans les faces-à-faces, les policiers deviennent les cibles de l'agressivité. Des victimes autant que des agresseurs.

Dans la cohue, il devient difficile de départager les gestes d'autodéfense, d'impatience, d'autorité abusive ou de brutalité gratuite.

Les manifestants ne sont pas tous des idéalistes débonnaires. S'y mêlent des anarchistes et des «professionnels» de la contestation.

Deux plaintes de voies de fait contre des policiers ont été déposées cette semaine et trois armes blanches (qui n'avaient pas servi) ont été saisies.

Lorsqu'ils défient la police ou les règles, les manifestants doivent eux aussi assumer leurs choix.

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La police de 2015 est essentiellement la même que celle de 2012. Peu ou pas de tolérance pour les manifestants qui ne peuvent dire où ils s'en vont. Dans la rue ou dans la vie.

Cette police affiche depuis des années une présence et un zèle disproportionnés à la menace.

Prompte à sortir de la rue des jeunes qui ne dérangent rien, sinon un peu de circulation. Mais curieusement beaucoup moins empressée lorsqu'il s'agit de permettre à des étudiants d'assister à leurs cours alors que d'autres les en empêchent.

La Cour du Québec a condamné l'automne dernier la Ville de Québec à verser 4000 $ à un manifestant contre qui elle a utilisé des moyens démesurés au printemps 2012.

La police en a tiré une leçon. Les manifestants détenus mardi soir n'ont pas été menottés avec des tie wrap en attendant de recevoir leur billet d'infraction.

Ils ont certainement apprécié.

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La philosophie de la police de Québec, encouragée par le maire Régis Labeaume, est de toujours prévoir le pire, pour être prête à y faire face. Mais à force de prévoir le pire, on finit parfois par le provoquer.

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